Rappelons que sous le terme de Tucson show, se placent en fait 47 shows officiels, dont moins d’une vingtaine oùl’on trouve surtout aux minéraux et fossiles, les autres étant majoritairement consacrés aux pierres de bijouterie des plus modestes aux plus prestigieuses, exception faite du diamant qui est très peu représenté. L’ouverture des premiers à partir du 22 janvier a été fortement perturbé par la tempête polaire qui s’est abattue sur les USA et dont les conséquences se sont faites sentir jusqu’à la fin du mois. La première d’entre elles est que de nombreuses personnes ont retardé ou annulé leur voyage. La seconde est des retards pouvant atteindre deux jours, dans mon cas le Paris-Dallas-Tucson s’est transformé en Paris-Miami-Phoenix-Tucson soit un voyage de 32 heures avec 12 heures de retard !

Vue au travers du hublot de l’arrivée à Tucson

Une consolation après être installé : la vue de la chambre d’hôtel
Le Westward look
L’arrivée était le 1er février, le dernier jour du mythique show du Westward look commencé le jeudi. Mythique pour l’influence qu’il a eue durant plus d’une décénnie, avec plusieurs dizaines des meilleurs marchands. Mythe bien mis à mal… il n’en restait cette année, la dernière selon les organisateurs, pas plus que douze. Toujours parmi les meilleurs.
MCP
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Célestine |
Démantoïde sur calcite |
L’entreprise italienne MCP est internationalement connue pour son expertise dans la restauration des minéraux. Elle a aussi une bonne implantation à Madagascar. Elle présentait de très belles célestines et un seul beau démantoïde d’Antetezambato. Les cristaux étaient petits mais implantés entre des cristaux discoïdes de calcite. Cette sous-représentation en démantoïde tient au fait que l’exploitation est maintenant terminée : les cristaux devenaient de plus en plus petits et leur qualité déclinait. Ce qui les rendaient impropre pour la gemmologie : leur principal débouché.
Wayne Thomson

Wayne Thomson s’est imposé dès les années 1980 comme le marchand proposant des minéraux de très hauts niveaux à Tucson. Il s’agissait souvent de dépôts. Il a tiré de son expérience un livre Ikons qui présente les plus beaux minéraux qu’il a côtoyés. Ces dernières années, il a réduit son activité et cette année il ne présentait qu’une étagère avec il est vrai une magnifique fluorite rose de Suisse, encadrée d’une azurite de Milpillas de qualité moyenne et d’une belle petite améthyste de Namibie. Il dédicaçait aussi son livre.
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Pala International
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Énorme macle de quartz du Brésil |
Au premier plan un cristal de montebrasite |
Le fondateur de cette société, Bill Larson a pris sa retraite cette année après une carrière commencée dans les années 1970. Son fils Will a pris sa succession. Il présentait une grande macle de La Gardette (appelée plutôt macle du Japon aux USA) ainsi qu’une sélection de minéraux répartis dans une douzaine de vitrines. On pouvait noter une montebrasite translucide issue semble-t-il d’une découverte récente, une belle rubellite de Magagascar et une smithsonite de Tsumeb à un prix (10K) qui paraît invraisemblable aux anciens qui ont connu l’époque où ces smithsonites étaient presque de la marchandise de gros.
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Rubellite de Madagascar |
Smithsonite de Tsumeb |
Divers
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Tucson est aussi l’occasion de revoir les minéraux classiques étatsuniens. Et surtout le premier d’entre eux, l’or, qui a participé à la prospérité de ce pays depuis la découverte des riches gisements de Californie. Dylan Stolowitz présentait une vitrine entière d’ors. On en verra d’autres durant ces deux semaines.
Plus modestes, il y a les calcites du Missouri. Cette année il y en avait une très esthétique, sur une gangue parsemée de pyrite iridescente.
Après le Westward look, il était impératif de visiter les lieux de vente prestigieux qui pour la plupart ont ouvert la dernière semaine de janvier. À commencer par le plus prestigieux : la maison de Fine Minerals International. Depuis un peu plus de 10 ans, son manager Daniel Trincillo, concentre une bonne part de ce que l’on trouve de meilleur en minéraux. De quoi satisfaire les collectionneurs les plus exigeants et dans une moindre mesure les musées dont les capacités financières sont faibles. L’expérience montre cependant que l’on y trouve parfois de (très) bons rapports qualité/prix. Prix qui sont tout de même à 4-5 chiffres. Et si l’on n’acquiert rien, on apprend quelles sont les cotes actuelles !
Parmi les faits/nouveautés marquants, on pouvait noter les rhodonites de Conselheiro Lafaiete (Minas Gerais, Brésil) gemmes et de grandes dimensions, beaucoup plus abondantes qu’avant. On pouvait aussi voir un exemplaire des quelques spectaculaires calcites roses en pétales trouvées ces derniers temps en Mongolie intérieure (Chine).
Fine Minerals International

Au centre une très belle dioptase de Namibie et à droite une couronne de quartz rose sur un cristal de quartz

On reconnait en bas, une rhodonite du Brésil, une tanzanite et une topaze impériale

Une belle gerbe d’aigue-marine du Pakistan en haut et une invraisemblable rhodonite en bas

À gauche un flottant d’améthyste de Tignal (Georgie), une fierté étatsunienne

Des pétales de calcite rose de Huangangliang (Mongolie intérieure, Chine)
La Granada Gallery
À deux pas de Fine Minerals International, sur la Granada Avenue, il y a la Granada Gallery et la Granada Mineral Showcase. La Granada Gallery, conçue par Burkhard Pohl, accueille des gemmes, des fossiles et des météorites de très hautes qualités avec, pour les fossiles, des variations artistiques qui les rendent plus attrayants.


Une sculpture représentant un dinosaure

La pièce aux météorites avec une combinaison d’astronaute qui fut vite vendue

Encore une œuvre artistique basée sur un fossile
La Granada Mineral Showcase
La Ganada Mineral Showcase regroupe plusieurs marchands. Emanuele Marini de Mineral MinLab présentait de belles fluorites d’un vert extraordinaire de Milpo (Atacocha, Pasco, Pérou). Ces fluorites sont apparues il y a moins de cinq ans et les groupes de cristaux de fluorite sur pyrite se sont vite imposés parmi ce que l’on trouve de meilleur en fluorite. Ce sont de vrais bijoux !, s’est exclamé un visiteur . Une autre curiosité présentée par Laurent Thomas est les agates de Turquie dont l’une représente une fleur. Laurent présentait aussi un lot de grandes sapphirines de Madagascar.

Fluorite sur pyrite de Milpo

Vitrine d’agates de Turquie

L’agate vedette évoquant une fleur
La fermeture de l’hôtel Inn Suites où se concentrait de nombreux commerçants, s’est accompagnée de plusieurs années de flottement avant que s’ouvre un nouveau lieu le Mineral City, situé sur Oracle Road à moins d’un kilomètre des maisons de la Granada. En fait de lieu, il y en a plusieurs. Tout d’abord des bâtiments de stockage avec des box reconvertis en magasins de vente (sans éclairage du jour donc), désignés par les lettres de A à E, auxquels se sont adjoints un ancien restaurant, reconverti, lui aussi, puis une grande tente. Et de l’autre côté de la rue, encore une grande tente et plusieurs bâtiments de vente en gros (de minéraux). On peut y ajouter la CO’OP, un bâtiment connu depuis longtemps et qui se trouve à quelques centaines de mètres. L’an prochain s’y ajoutera, ce qui était jusqu’à l’an dernier un motel en décrépitude !
Le bâtiment A Le bâtiment C
Les nouveautés et semi-nouveautés
Il y avait peu de nouveautés stricto sensu, au Mineral City, si ce n’est de la foitite sur orthose des mont Erongo (Namibie). La foitite est une tourmaline fer-aluminium noire. Elle se présentait comme un encroûtement de petits cristaux peu visibles sur des cristaux décimétriques et prismatiques d’orthose. Rien de bien excitant. Beaucoup plus intéressantes étaient les mimétites associées aux dioptases de la République du Congo (ex-Congo-Brazzaville). Les présenter comme de nouvelles découvertes est une demi-vérité. Ces mimétites sont connues depuis trois ans au moins mais n’ont pas été divulguées. Les cristaux sont en effet petits (sub-centimétriques) et l’on peut raisonnablement penser que les commerçants espéraient en trouver de plus grands et ont donc retardé leur présentation.


Une autre semi-découverte est les fluorites vert émeraude de Milpo (Atacocha, Pasco, Pérou), déjà entrevues à la Granada Gallery.


Parmi les peut-être nouveautés, dans la mesure ou je n’avais jamais vu de fluorite de cette localité, il y avait une fluorite bleue de pegmatite sur une grande lame de quartz de Fazenda do Centro Castelo, Esperito Santo (Brésil).

Fluorite bleue du Brésil
Quelques specimens remarqués
Le Mineral City c’est des dizaines de milliers de pièces qu’il est impossible de résumer objectivement. Aussi j’ai fait une minuscule sélection arbitraire qui serait comme une illustration de l’ampleur de ce que l’on peut voir.

Une azurite sur malachite du Congo (RDC). Son authenticité a été questionnée. Sans réponse sûre.

Deux spécimens de Panasqueira (Portugal) : une wolframite sur quartz et une énorme apatite verdâtre.


A gauche : une très belle afghanite translucide, à droite : une belle ferberite sur quartz du Pérou
Il faudrait y ajouter les traditionnelles calcites du Missouri ; les calcites et fluorites du Tennessee ; les calcites roses de Balmat ; les ors du Nevada et de Californie ; les cuivres du Michigan ; les raretés de Russie ; les smithsonites bleues mamelonnées du Congo ; les azurites de Milpillas qui se raréfient ; les amazonites du Colorado ; les fluorites chinoises ; les crocoites de Tasmanie qui se raréfient ; les malachites stalactiformes du Congo (RDC) ; les fluorites vertes de pegmatites de Maloimbandy (Fianarantsoa, Madagascar) qui sont d’habitude vite vendues précocement avant mon arrivée sauf cette année où un lot à été retardé et présenté vers le 9 février ; les tourmalines du Brésil ; les pyrites de Navajun (Espagne) ; les quartz alpins ; etc.
Etc.