La Tucson Fine Mineral Gallery (TFMG) est un autre lieu sur Granada. Lieu prestigieux créé par Ian Bruce de Crystal Classics. Il réunit une quinzaine de marchands de minéraux, gemmes et sculptures ainsi que Blue Cap production qui réalise des reportages sur les activités. Le niveau est élevé et les prix sans trop de surprise. Comme les autres lieux de prestige, les cotes sont à trois-quatre chiffres pour un spécimen représentatif, cinq chiffres pour un spécimen correct (i.e. susceptible de voir sa cote se maintenir ou augmenter), six à sept chiffres pour le top incontestable, les pièces qui pourraient enchanter les musées et collectionneurs les plus exigeants. On le voit, nous sommes de dix à cent fois au-dessus de ce que l’on conçoit en Europe.
Le Tucson Fine Mineral Gallery vue de l’extérieur

Une entrée avec deux améthystes géantes
Le Collector’s Edge Minerals
La société Collector’s Edge est célèbre depuis sa redécouverte des rhodochrosites de Colorado. C’est maintenant un acteur majeur avec des minéraux prestigieux, comme on le constate sur les deux photographies suivantes.
Où l’on voit une belle calcite de Balmat et un cuivre du Michigan, une grande kunzite et une grande azurite, inhabituelle de Touissit (Maroc).


Wilensky Exquisite Minerals
Wilensky se considère comme un marchand d’art et à ce titre présente des catalogues avec des commentaires plus ou moins « littéraires » (i. e. non scientifique) sur chaque spécimen. Il expose peu de minéraux, bien sûr sans cartel, car la beauté doit primer sur l’aspect scientifique, et se réserve le droit d’en présenter d’autres, soigneusement rangés dans les tiroirs d’une pièce annexe.
Outre une belle météorite pallasite, un groupe de deux cristaux de rubellite et des fluorites chinoises avec une curieuse esthétique en cubes empilés les uns sur les autres, la principale « attraction » était une plaque bleue d’ammineite sur laquelle étaient posés de cristaux blancs de lecontite


Pallasite, rubellite, azurite d’une part et fluorite d’autre part

Lecontite sur ammineite
Que ceux qui ne connaissent pas ces minéraux se rassurent, c’était mon cas. La lecontite est sulfate d’ammonium, potassium et sodium hydraté (NH4,K)NaSO4.H2O. L’ammineite est une chloro-ammine de cuivre CuCl2(NH3)2. L’origine de ces minéraux ammoniaqués est inhabituelle. En effet elle n’est pas entièrement inorganique. Ils ont été trouvés à Pabellon de Pica (Chili) dans une carrière de guano, une matière composée d’excréments et de cadavres d’oiseaux marins déposés et minéralisés au cours des siècles. Cette carrière est célèbre auprès des collectionneurs systématiciens car elle est la localité-type de dix espèces nouvelles. La couleur bleue résulte du contact entre un gisement de cuivre et le jeune dépôt sous-marin de guano à Pabellon.
Outre de prestigieux marchands de minéraux, La TFMG accueille des sculpteurs, lapidaires et joailliers. Plus d’une vingtaine d’évènements et conférences ont animé les quinze jours d’ouverture (du 30 janvier au 14 février). Les organisateurs de la bourse de Munich et Ian Bruce ont chacun offert une « party » en soirée.


Parties offertes par les organisateurs de la bourse de Munich (première photo) et Crystal Classics (deuxième photo)
Tucson 2026 : le Mineral Garden
Le Mineral Garden est donc le nouveau lieu de vente de minéraux. Il est dû à l’initiative de l’organisateur de la bourse de Nanjing-Nankin (Jiangsu, Chine). Il est composé d’une dizaine de maisonnettes environ. Il abrite pour l’instant une demi-douzaine de commerçants.


Parmi eux il y a Mustafa Ghulam de Fine Art Minerals que l’on a déjà aperçu au Westward Look. Il présentait une impressionnante aigue-marine sur quartz et une curieuse fluorite chinoise.


Il y avait aussi, dans une autre maisonnette, de remarquables minéraux chinois.


L’organisateur a offert une pittoresque soirée avec des danseurs et des musiciens traditionnels chinois. Elle a été très appréciée.


Les collectionneurs de minéraux et fossiles imaginent Tucson comme un ensemble de lieux consacrés entièrement à leur passion. C’est faux ! L’essentiel des lieux de vente est surtout consacré aux pierres gemmes (à l’exception du diamant qui est très peu représenté), aux pierres de décoration et la bijouterie. On y trouve ce que l’on peut imaginer de plus prestigieux, comme des rubis non chauffés de plusieurs dizaines de carat, aux plus modestes comme des pierres roulées. Les plus belles pierres gemmes sont présentées dans les salons de l’AGTA (American Gem Trade Association) et du GJX (Gem and Jewelry Exchange). Tous deux sont situés côte-à-côte dans le centre-ville (downtown), le premier dans le centre des congrès, le second de l’autre côté de la rue. Ils réunissent chacun plusieurs centaines de marchands. Un peu plus loin il y a les shows le long de l’autoroute A10, qui présentent une gamme variée de marchandises pierres roulées, sculptures, ventes en gros, souvenirs, pierres de décoration, etc. On y trouve quelques marchands, qui n’ont pu accéder aux Mineral City et salons autour, mais qui présentent des minéraux plus ou moins intéressants.
Les plus grands lieux de vente se trouvent éloignés du centre-ville, avec les Kino, G&LW et JOGS shows. Ils sont immenses, ils occupent plusieurs hectares chacun. N’ayant jamais rien trouvé après plusieurs dizaines d’années, je n’y vais plus, bien qu’il soit possible d’y trouver des minéraux, la plupart du temps modestes mais à des prix très compétitifs.
AGTA (American Gem Trade Association)
Si l’on n’est pas à la recherche d’une pierre de qualité ultime, on y vient surtout pour admirer de belles pierres, de belles et originales réalisations joaillières. Chaque année la Smithsonian Institution (le musée de Washington) présente des pierres, joyaux et sculptures reçus en dons.



La présentation de la Smithsonian Institution durant le show AGTA
GJX (Gem and Jewelry Exchange)
Ce salon présente une plus grande de variété avec moins de marchands braqués sur les grands classiques comme les rubis, saphirs, émeraudes, spinelles, tourmalines, etc. C’est le salon préféré des gemmologues. Il permet de découvrir des pierres inhabituelles, voire des nouveautés. Il est impossible de le présenter exhaustivement. Il ne dure que 5 jours et dès que l’on entame une discussion, il y en a pour une heure au moins. Parmi les plus ou moins nouveautés, il y avait cette année des spinelles bleus au cobalt de Mahengé (Tanzanie) et des pierres de Lune présentant de curieux reflets orangé insaturé.


C’est aussi le lieu où il est possible de discuter en détail de sujets gemmologie en cours. C’était le cas par exemple cette année, d’une discussion entre plusieurs marchands et gemmologues sur des béryls du Nigeria qui étaient, selon le laboratoire, soit des émeraudes, soit des béryls verts (ici avec une couleur bien proche des vert/bleu des tourmalines Paraiba). Tout dépend de la définition de l’émeraude qui ne semble pas si bien établie qu’on le pensait. Selon le Gemological Institue of America (GIA), qui fait autorité internationalement, s’il y a du chrome dans un béryl vert, on a affaire à une émeraude. C’est la définition la plus largement admise : une émeraude est un béryl vert dont la couleur est due au chrome. Cette définition ne précise pas si la couleur est due au chrome… exclusivement ! Dans les faits, il peut y avoir d’autres éléments chromogènes comme le fer. C’est bien admis. Pour un autre laboratoire, l’acceptation d’un béryl comme émeraude, repose sur sa couleur. C’est bien naturel, car on parle de vert émeraude et l’on n’imagine pas a priori rencontrer une émeraude dont la couleur s’apparente à celle d’une tourmaline bleue Paraiba. Le problème ici est qu’il n’y a pas d’accord international sur l’espace chromatique de l’émeraude, comme il n’y a pas par d’ailleurs d’accord sur les espaces chromatiques des autres pierres. Certains professionnels utilisent des nuanciers, mais cette pratique n’est pas généralisée.


Émeraudes ou béryls vert ? … that is the question
Le show de la 22nd Street
Ce show, qui est encore situé « downtown », dure 15 jours. Il est situé le long de l’A10. Il se répartit en deux grandes tentes. On y trouve quelques marchands intéressants comme celui qui est certainement le plus fourni en rhodonites de Conseilhero Lafayete. En cristaux bruts ainsi qu’en pierres taillées.


Les autres shows le long de l’A10
Il faut quitter le show de la 22nd Street et passer de l’autre côté de l’A10 pour accéder aux autres shows qui se répartissent sur plus d’un kilomètre le long de l’autoroute.
Anciennement, dans les années 1980-90, c’est là que se situaient les principaux shows de minéralogie avec le Desert Inn, aujourd’hui disparu, le Sheraton, devenu Pueblo et le Travelodge, devenu le Red Lion. Ces trois dernières années, les trois derniers marchands de minéraux sérieux du Pueblo se sont rabattus au Mineral City. Quant au Red Lion, il accueille surtout des marchands plus ou moins grossistes, étrangers des USA : mexicains, sud-américains, africains et asiatiques.
Ayant oublié que le show du Pueblo s’arrêtait le mardi 10, je m’y suis rendu le mercredi. Il y restait encore des dépôts de minéraux et quartz géants en attente d’être remballés !

Comme déjà mentionné, plusieurs lieux se sont greffés aux blocs A à E (et F que j’ai oublié dans la présentation précédente) du Mineral City : ce sont les Mineral Galleries on Lester, La Fuente de Piedras Mineral Show, Sun Gemstones Mineral Village, Mineral Nexus et The Rock Yard. Mineral Galleries et La Fuente ont été les plus intéressants. Mineral Nexus offrait une originalité, celle d’accueillir des collectionneurs qui « désherbaient » leurs collections. L’ayant visité tardivement, je n’y ai pas vu de choses majeures, je ne ferai pas la même erreur l’année prochaine.
Mineral Galleries on Lester
Une demi-douzaine de marchands se partagent ces galeries. Le niveau est élevé en particulier dans la galerie de Marcus Budil qui a présenté, par exemple, une incroyable fluorite rose sur des cristaux de quartz des Alpes suisses, ainsi qu’une vanadinite en forme de stalactites de Mibladen (Maroc)). Il y a aussi la galerie de Matrix India où l’on pouvait voir de très belles mésolites en pompons.


Fluorite rose sur quartz

Stalactites de vanadinites (Maroc)

Mésolite d’Inde
La Fuente de Piedras Mineral Show
La Fuente était initialement un restaurant mexicain réputé où se produisait le weekend un orchestre de mariachis. Il est maintenant occupé par plusieurs entreprises. La plus importante est The Arkenstone, tenue par Rob Lavinsky. Une de ses spécialités est les minéraux chinois auquel il adjoint quelques sculptures plus ou moins typiques de ce pays.
Il n’oublie cependant pas les minéraux d’autres origines. Il vendait en particulier ce qui reste de la collection de Paul Stahl, un grand collectionneur allemand systématicien qui cherchait ce qu’il y avait de meilleurs dans les espèces rares. Dans d’autres pièces on trouve Jewel Tunnel International, l’entreprise de gros créée par Rock Currier décédé en 2015. Depuis, une petite partie de sa vaste collection est mise en vente chaque année à la Fuente.

Ors des USA

Fluorites vertes de Chine


Calcites chinoises en empilements des cristaux aplatis (fluorescents)

Malachite supposément chinoise

Sculpture (nécessaire à thé ?

Deux grands cristaux de kunzite d’Afghanistan
Retour au Mineral City
Comme on est vite saturé lors des visites et que certains boxs ne sont pas toujours ouverts, on ne voit pas tout et il est plus sage de faire de nombreuses courtes visites. Et de se renseigner sur les manifestations et conférences qui ont lieu tous les jours. Je n’ai visiter que tardivement le box de Valenzuela’s Minerals car il était fermé lors de mes précédentes visites. C’est là que son vendus les minéraux de Milpillas (Sonora, Mexique). La mine ayant cessé ses activités les azurites se font plus rares et de qualité moindre. Il reste aussi des mimétites en cristaux de 2 cm au plus et des cuprites bien peu attrayantes. Devant ce début de pénurie, le responsable s’est orienté vers d’autres sources mexicaines comme la mine Pili (Chihuahua) qui produit de magnifiques pierres de Lune (des feldspaths alcalins, albites hautes souvent nommées anorthoclases). Un autre marchand a présenté une curieuse sphalerite de Dalnegorsk (Russie). Un autre présentait les maintenant classiques halites bleues de Carlsbad (Nouveau Mexique, USA).

Présentation du site Mindat par son fondateur Ralph Jolyon, à ses côtés Jim Spann, un collectionneur réputé.

Pierre de Lune du Mexique

Durieuse sphalerite de Russie

Halite bleus des USA
Les shows plus éloignés
À quelques centaines de mètres du Mineral City on trouve une demi-douzaine de points de vente plus ou moins intéressants. La CO’Op abrite des fossiles magnifiques ainsi que de très grands quartz de l’Arkansas vendus par un des principaux exploitants.

Fossiles de rhinocéros et de mammouth
Le Mineral & Fossil Marketplace se présente comme un marché des grossistes à ne pas négliger car il renferme de temps à autres, tout comme la CO’Op d’ailleurs, de belles surprises. Cette année il s’agissait de nifontovite, un borate de calcium hydroxylé et hydraté associé à la danburite de Charcas (San Luis Potosi, Mexique). Ces dernières années on en voyait surtout en petits cristaux (2 cm maxi) et quelques très rares cristaux plus grands. Lors du second semestre 2025, une découverte majeure a eu lieu, avec des cristaux parfaits, incolores et transparents, atteignant presque 10 cm. Les premiers d’entre eux se sont vendus jusqu’à 10000 USD pièce. À la Tucson Fine Minerals Gallery, on pouvait en trouver de similaires pour 1500 USD ! Au Marketplace, j’ai pu appréhender l’ampleur de la découverte avec un bloc de 40 cm formé de cristaux décimétriques. Malheureusement presque tous clivés. Renseignements pris, le marchand m’a avoué qu’il avait eu deux autres blocs plus grands qui ont été vite vendus. On devine sans peine qu’il y avait beaucoup moins de clivages et que la plupart des cristaux étaient intacts. Plus tard sur un stand du Main Show on trouvait encore de beaux cristaux équivalents pour 650 USD ! Jusqu’où leur cote descendra ?

Bloc de nifontovite

Groupe parallèle de deux cristaux proposés au main show
La Superb Mineral Gallery fondée par M Krishna Pandey occupe un grand bâtiment proche du Marketplace. C’est l’un des deux principaux lieux où l’on trouve d’extraordinaires minéraux indiens en grande quantité. En vedette il y avait un béryl de Karur (Tamil Nadu). La partie haute était bleue, il s’agit donc d’une aigue-marine, la partie basse est vert émeraude mais il semble que l’on n’ait pas affaire à une émeraude (absence de chrome ?). Ce cristal parfaitement gemme est connu depuis 1999 et reste la meilleure aigue-marine indienne connue. Elle aurait été vendue cette année. Il y avait aussi de très belles stalactites de minéraux des trapps du Deccan. Parmi les autres minéraux marquants il y avait de belles fluorites en boules (naturelles non sculptées) et des quartz de l’Himalaya. Depuis quelques années ces quartz commencent à rivaliser, voire dépasser pour certaines variétés, les quartz alpins !

Aigue-marine-béryl-vert de Karur

Stalactite de quartz avec appohyllite surmontée de cristaux de calcite

Belles fluorites en boule

Quartz alpin légèrement chloriteux de l’Himalaya
La galerie est composée de deux parties. La première présente les belles pièces dans des vitrines bien éclairées. La seconde partie, un entrepôt d’accès un peu masqué, révèle de surprenantes géodes géantes, métriques.

Vitrine présentant des quartz de l’Himalaya

Géodes métriques dans un entrepôt voisin