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Pierres précieuses et Terres d'aventures


Patrick VOILLOT


Génèse d'une passion (introduction du livre...)

Colombie, Tanzanie, Birmanie, Inde, Pakistan, Brésil, Guinée, Madagascar… Je n'en finirais pas d'égrener les pays où j'ai usé mes semelles dans des conditions souvent inimaginables. Je suis pharmacien et gemmologue et depuis toujours je vis mon existence comme une chasse au trésor permanente. Tout a commencé lorsque j'étais enfant ; ma mère m'avait offert des livres de géologie et une boîte transparente qui exhibait une collection de pierres venues de différents coins du globe. Telle est la naissance de ma passion que rien ne dément et que tout alimente. Dès l'âge de huit ans, l'été, en compagnie de mon père, j'arpente les sommets d'Auvergne à la recherche de petits morceaux d'améthystes. Plus tard, en utilisant les plans du bureau de Recherche Géologique et Minière, les sols de cette région de l'Hexagone n'auront plus de secret pour moi. Un peu plus tard, je me rends dans toutes les bourses de minéralogie qui se développent en région parisienne, et je soupire en regardant toutes ces merveilles : un jour, quand je serai grand, moi aussi, je partirai à leur recherche… Et de fait, le jeune garçon que j'étais a eu beau grandir, il n'a jamais cessé son insatiable quête.


Sur la piste des amétrine de Bolivie... Sur la piste des amétrine de Bolivie...
Photo : Patrick Voillot ©


Mon premier grand voyage me conduit au Brésil. Je finis alors ma première année de pharmacie. Hypolito, marchand de pierres à Paris -qui encourageait ma passion- m'a donné l'adresse d'un de ses contacts, vendeur de cristaux à Belo Horizonte. Je m'y rends avec un de mes amis. Là, sur une immense table, des dizaines et des dizaines de cristaux. Je suis émerveillé et désireux d'acquérir de nouvelles pièces pour ma petite collection. Ma gourmandise est telle que je me retrouve sans le sou. Je n'ai d'autre solution que de prendre un vieil autobus brinquebalant pour me ramener, de nuit, dans mon camp de base de Rio. Le temps passe. Je continue à collectionner les trouvailles mais aussi, et surtout, les histoires et les rencontres. Autant de pays, autant d'amis. Des vrais. Ceux que l'on gagne par-delà les frontières, les cultures, et les niveaux de vie : un mineur comme un propriétaire de mines ; un maharadjah comme un porteur sherpa ; un petit marchand comme un riche collectionneur. Tous m'intéressent également et font partie de ces "trésors" qui alimentent ma quête. En plus de mon travail de pharmacien, j'enchaîne les voyages, ou plutôt les expéditions. Je sais que, même en préparant minutieusement chacune d'elles, la part d'imprévu est énorme et qu'il s'agit de tout sauf de promenades de santé.


Au  pays de la Tanzanite... Au pays de la Tanzanite...
Photo : Patrick Voillot ©


Différents dangers me guettent : une nature pas toujours amène, des conditions d'hygiène rudimentaires, des autochtones parfois agressifs, des pays souvent en conflit. Ainsi l'expédition au Cachemire : au cœur du petit Tibet, les autorités indiennes et pakistanaises se disputent le contrôle de la région. Les routes sont remplies d'hommes en arme ; dans la journée les militaires ferment la route pour laisser passer leurs convois. Je dois faire le chemin de nuit secoué par des nids de poule, une route à l'asphalte défoncé, dans un camion sans amortisseurs et des freins défectueux, en compagnie d'un chauffeur inconscient. Je pourrais encore citer la Bolivie où j'étais parti à la recherche d'amétrine. À peine suis-je arrivé à La Paz que l'aéroport est fermé derrière moi pour cause de guerre civile…Je me retrouve dans mon hôtel, pensant que je suis à l'abri. Quelques minutes après, des émeutes éclatent sous mes fenêtres ; des morts jonchent la chaussée. J'envisage de quitter le pays en passant par le Chili… Tout ceci est partie, d'une discution avec Mon viel ami acteur, Philippe Nico. En effet, il me persuada lors de mon retour du Pakistan d'écrire et fixer sur la pellicule ces histoires que je ne racontaient qu'à mes proches. "Tu vas dans des endroits incroyables, et ce que tu nous racontes, tu vas l'oublier, tu dois...", il avait raison ,j'ai depuis réalisé 16 documentaires diffusés sur les chaines françaises et étrangères et de nombreux ouvrages décrivant ces lieux et leurs trésors fascinants. La beauté et les légendes souvent mystérieuses de ces pierres dévoilées au prix d'invraisemblables aventures vous feront rêver. Pour les découvrir, il vous suffit d'ouvrir ce livre.


Voir également les deux parties suivantes sur ce site, extrait de l'ouvrage.

"Pierres Précieuses et Terres d'Aventure" aux Editions Hermé...


Pierres précieuses et terres d'aventures-Patrick Voillot

L'Auteur... Patrick VOILLOT...

Diplômé de l'Institut national de gemmologie.
Docteur en pharmacie.
Conservateur de la collection de minéralogie de la faculté de pharmacie Paris V.
Spécialiste des gemmes et de leur lieu d'extraction.

Auteur de plusieurs ouvrages :
. Chumar Bakar aux éditions Critérion 1995 : expédition au Pakistan dans une mine d'aigues marines se trouvant à 6000m d'altitude et non explorée.
. Diamants et Pierres Précieuses aux éditions Gallimard 1997. Edité en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
. L'aventurier des pierres précieuses aux éditions le pré aux clercs 1998. Expéditions dans cinq pays (Birmanie, Colombie, Madagascar, Sri Lanka et Tanzanie).
. Les pierres précieuses aux Editions HAZAN 2001
. L'ABCdaire des pierres précieuses aux Editions FLAMMARION 2002
. "A la poursuite des pierres précieuses" aux Editions PRIVAT octobre 2002

Directeur de collection aux éditions Atlas 1996, une encyclopédie qui contient plus de 500 photos de l'auteur sur les mines, les gemmes et les bijoux.

Auteur et réalisateur de deux films documentaires :
. "Le trésor de CHUMAR BAKAR" 26'. 1er prix du film d'exploration en 1995 au festival de Toulon, diffusé sur FR3 montagne.
. "La route des Aigues Marines" 52'. Vendu et diffusé en Chine, au Japon, en Allemagne, en Espagne, en Afrique, en Pologne, au Mexique, etc.
. D'une série de 6 documentaires de 52' diffusés sur fr3 rfo fr5 TV5 : titre "A la poursuite des pierres précieuses", 1ère diffusion samedi 27 janvier 2001 sur fr3 à 9h30.
. Une seconde série de 6 films est encours d'élaboration avec les même diffuseurs.
. K7 et DVD des films diffusés au grand publique par FILM OFFICE EDITIONS (grpe Hachette) et PARAMOUNT 2002.
. Nombreux articles et publications dans la presse grand public
GEO (septembre 99), Figaro Madame , FIGARO magazine,VSD,Point de Vue,Aladin,Play Boy, New Look.
. Nombreux articles et publications dans la presse professionnelle : le bijoutier, la revue de l'association française de gemmologie, Minéraux et fossiles...
. Nombreuses émissions de radio. En France : Europe 1,RTL, France-Inter... À l'étranger : Suisse (la première), Belgique (RTL TVI).
. Télévisions FR3,LCI,TF1 (histoires naturelles).

 

 

FASCINANTES AMMONITES D'HOKKAIDO (Japon)

Dr Hiroshi Hayakawa - François Escuillié

Dr Hiroshi Hayakawa
Institut de Paléontologie Kreide, Misaka, Hokkaido


François Escuillié
ELDONIA S.A.S.



Les Ammonites du Crétacé sont les fossiles les plus représentatifs du Japon, tant pas leurs formes que part leur qualité de conservation. Ces magnifiques Ammonites fascinent les paléontologues et les amateurs de fossiles avec notamment les très curieuses formes hétéromorphes ( Nipponites, Muramotoceras…) mais aussi les formes enroulées "classiques" .

I LA GEOLOGIE DE LA FIN DU CRETACE A HOKKAIDO

Le Japon est située dans la région Nord-Ouest de l'océan Pacifique , il est constitué d' un ensemble d'îles caractérisées par une activité volcanique importante et Hokkaido est l'une des principales îles du Nord du Japon.

La tectonique d'Hokkaido se décompose en 6 éléments géologiques principaux d'Est en Ouest ( fig 1 ).
La région de Nemuro,
la région de Tokoro ,
la région de Hikada,
la région de Sorachi-Yezo,
la région de Rebun Kabato
et celle de d'Oshima.


Ammonites du crétacé du Japon : carte


Le Crétacé supérieur est largement représenté au centre d'Hokkaido dans une zone allant du Nord au Sud : la région de Sorachi-Yezo qui est composée de 2 unités sédimentaires :
le groupe du Crétacé inférieur
le super groupe Yezo du Crétacé supérieur.

Le Yezo ( Okada 1983 ) est un bassin sédimentaire d'avant arc avec des faciès de dépôt de pente ou marin de faible profondeur.

Le Yezo est divisé en plusieurs groupes ou ensembles sédimentaires dont l'âge va de l'Albian au Maastrichien ( Matsumoto 1951 ), la série sédimentaire crétacé d' Hokkaido comprend :
le Yezo inférieur
le Yezo moyen,
le Yezo supérieur
et le Hakobuchi.

La plupart des unités sédimentaires de la Yezo sont composés de sédiments marins argileux grossiers qui peu à peu se changent en sédiments marins sablonneux et peu profonds appelés le groupe Hakobuchi.

Le Yezo inférieur se trouve dans une région étroite et renferme des niveaux calcaires caractéristiques avec de grands foraminiféres du genre Orbitolina. Les ammonites du Yezo sont en partie les mêmes que celles de l'Albien d'Europe.

Le Yezo moyen et supérieur sont largement représentés à l'intérieur du Yezo-Sorachi.

Le Yezo moyen est constituée principalement de sédiments argileux renfermant d'abondants invertébrés fossiles. Certaines zones, appelés " formation Mikasa ", présentent des faciès sablonneux riches en ammonites des genres Acanthoceras et Kossmaticeras. Il est à noté la présence ponctuelle de turbidites appelées "formation Saku " dans le Yezo Moyen.

Le Yezo supérieur est constitué de sédiments riches en ammonites ; Le Crétacé Supérieur est réputé pour sa richesse en fossiles marins et leur grande diversité : les ammonites sont les fossiles les plus communs et les formes hétéromorphes en sont les plus curieux spécimens. Il y a aussi des : inoceramus, bivalves, gastéropodes, oursins, étoiles de mer, crinoides, crustacés, coraux, des vertébrés marins ( plésiosaures, mosasaures…). En plus des fossiles terrestre ont été découverts dans ces dépôts: dinosaures, oiseaux, ptérosaures, plantes, insectes …


II LA FAUNE DES AMMONITES DU CRETACE D'HOKKAIDO

Dans le Crétacé d'Hokkaido, les ammonites se trouvent principalement dans des nodules carbonatés qui se rencontre au sein des couches de marnes. Bien que l'histoire géologique du Crétacé d'Hokkaido soit très complexe, à cause de la tectonique, ces concrétions ont pu préserver les ammonites des déformations diagéniques.

1 ) Les ammonites de l'Albien ne sont pas si communes en comparaison de celles du Crétacé Supérieur mais elles sont d'importants indicateurs stratigraphiques, palé-climatiques et paléogéographiques avec des genres et de espèces semblables à celle trouvées dans l'Albien Européen : Le genre Douvilleiceras est l'une des ammonites classique de l'Albien Inférieur d'Hokkaido et les espèces D. mammilatum, D. clementinum, D. orbigney, D. leightonense ont été répertoriés de la région de Pombetsu, Misaka et Hokkaido. En plus du genre Douvilleiceras les autres genres Ammonoceratites, Beudanticeras, Hyperpuzosia, Desmoceras a été trouvé dans l'Albian de l'Hokkaido. Cette faune est présumée être une faune téthysienne chaude, pour le moment aucune faune théthysienne froide ou boréale n'a été trouvé au Japon.

2) Les ammonites du Cénomanien sont représentées par des Acanthorididae, des Desmoceratididae lisses et des ammonites turrilitidae hétéromorphes. Le genre Mariella et d'autres type d'ammonites proches des Turrilites sont communes au Cénomanien inférieur. Mantelliceras japonicum est une ammonite représentative de la fin du Cénomanien inférieur de la formation Mikasa. Le Cénomanien inférieur de la formation Mikasa est très riche en Kossmaticeratidae. Les ammonites Acanthoceratidae du Cénomanien comme Acanthoceras, Cunningtoniceras, Calycoceras, Acompsoceras et Utaruriceras sont les indicateurs habituels dans les corrélations stratigraphiques internationales car leur évolution et leur répartition stratigraphique est bien connue en Europe et ailleur.

3) Les ammonites du Turonien de la zone du Pacifique Nord. Certains des groupes d'ammonites d'Hokkaido sont présumés être une faune endémique à la région du Pacifique Nord. Les plus anciennes ammonites du Turonien sont des immigrantes des régions tethysiennes chaudes ; Vascoceras, Fagesia, Pseudoaspidoceras, etc… Les formes d' Acanthoceratidae à tubercules, comme Yubariceras, sont considérées comme étant une forme relativement proche de Romaniceras, se sont l'une des ammonites les plus communes du milieu du Turonien d'Hokkaido. Les ammonites Collignoniceratidae, de répartition plus cosmopolites, sont les mêmes que celles d'Europe et d'autres provinces paléo-géographiques. Le Yezo Moyen a livré des ammonites variées comme Gaudryceras, Tetragonites, Mesopuzosia. A coté de ces forme ubiquistes il c'est développé dans la zone Pacifique Nord de la Téthys un remarquable groupe endémique de formes très curieuses et variées d'ammonites hétéromorphes dont les plus beaux spécimens ont été trouvés dans l'île d' Hokkaido. Les Nipponites, appelées d'après le terme " nippon" (= Japon ), sont les exemples les plus extraordinaires des ammonites hétéromorphes d'Hokkaido. En plus de cet enroulement très particulier, il existe également d'autres modes surprenants d'enroulements dans le groupe des ammonites hétéromorphes. Il est à noter que des ammonites géantes sont apparues durant le Turonien, c'est le cas de Pachydesmoceras, avec fréquemment des spécimens de plus d'un mètre de largeur.


ammonite Nipponites mirabile
Nipponites mirabile (ammonite)

4) La faune des ammonites du Senonian est la plus riche du Pacifique Nord. Les fossiles sont très abondant et proviennent de faciès sédimentaire variés. En plus de la faune caractéristique de la province "Pacifique Nord" de la Téthys il faut noter la présence des ammonites très ubiquistes ( à large répartition géographique) comme les Collignoniceratidae, et les genres Barroisiceras, Hourquia, Forresteria, ainsi qu'un groupe de Texanitidae dans le Coniacien d'Hokkaido. Des formes variées de Texanitidae et de Desmoceratidae se sont développées durant le Sénonien. Les variétés de Desmoceratidae à épines ont augmenté à la fin du Crétacé comme Menuites, Urakawaites , Teshioites, Anapachydiscus, Eupachydiscus … Anapachydiscus est aussi devenu énorme et mesurait souvent plus de 60 cm de diamètre. L'hétéromorphe caractéristique de ces niveaux est le genre Polyptychoceras connu au Japon mais aussi à Vancouver au Canada et aux Etats Unis.


III LA LIGNEE DES AMMONITES HETEROMORPHES A HOKKAIDO

La plupart des genres hétéromorphes sont communs avec ceux d'Europe et ils ont probablement une répartition mondiale.

1) Muramotoceras est la première ammonite hétéromorphe typique de l'Hokkaido. Elle se trouve dans les strates du Turonien. Muramotoceras luxum est peut-être l'espèce ancienne, suivie par Muramotoceras yezoense ainsi que d'autres espèces non décrites. M. luxum est un petit hétéromorphe avec 4 rangées d'épines et un enroulement unique; la première partie droite est suivie de plusieurs hélicoides puis tourne en forme de U pour la chambre d'habitation. M. yezoense ressemble à M. luxum, mais sans la forme de U de la chambre d'habitation. Concernant M. yezoense , sa taille adulte est devenue énorme avec le temps.


ammonite Muramotoceras yezoense
Muramotoceras yezoense (ammonite)


Les Muramotoceras et les Nipponites présentent des similitudes, mais il peut s'agir aussi de convergence évolutive entre ces différentes lignées car leur formes initiale ( stade premier ou juvénile) et leur mode précis d'enroulement sont différents les uns des autres.

2)Nipponites est apparu d'abord, au début du Turonien moyen, suivi de Muramotoceras. La forme la plus ancienne est plutôt plus grosse et plus serrée que les formes suivantes.

3)Madagascarites est présumé être un descendant de Muramotoceras, dont le mode d'enroulement est similaire à celui des Nipponites .

4)Eubostrychoceras (hélicoide ) et Scalarites ( plani- spirale ) peuvent être très proches des Nipponites.


ammonite Eubostrychoceras japonicum
Eubostrychoceras japonicum (ammonite)


IV UNE EXCELLENTE CONSERVATION

Les ammonites d'Hokkaido sont réputées pour leur excellente conservation. L'une des raisons de cette conservation exceptionnelle est leur fossilisation à l'intérieur des nodules carbonatés, souvent calcaires, parfois sidéritiques. Ces nodules se sont formés durant la phase initiale de la diagènese, peut être en liaison avec les réactions chimiques liées à la décomposition des parties molles . Cela a permis la conservation de leur aspect extérieur mais aussi la préservation de leurs microstructures, des protoconches ont pu être observés dans la plupart des spécimens et la structure a été étudiée par les paléontologues. Dans le phragmocône , la plupart des cavités sont remplies de cristaux de calcite aux magnifiques couleurs et le siphancule est bien conservé. Concernant de nombreux spécimens le bord apurtural est bien conservé avec l'enroulement voir le rostre. Des Anaptycus sont parfois trouvés dans la cavité ventrale. Les spécialistes ont pu étudié en détail l'organisation des coquilles, ainsi plusieurs couches ont été observées, des couches de nacre à l'intérieur et des couches prismatiques à l'extérieur. La préservation de la nacre ne se retrouve que dans les rares gisements de Bully ( France) du Kent ( Grande Bretagne) des Black Hills du Dakota ( USA), de la région d'Ulianov en Russie et de Madagascar et bien sur ceux d'Hokkaido.


V CONCLUSION

Le crétacé est marqué à l'échelle mondiale par trois phases de régression (baisse du niveau des mer) - transgression ( remontée du niveau des mer) à la base des étages suivants : Barremien, Albien,Turonien.
Les phases régressives créent une réduction des milieux ( réduction du plateaux continental ou vit 80% des faunes marines) et donc une crise biologique fatale aux faunes les plus spécialisées, les animaux qui survivent vont donc devoir s'adapter très vite à de nouveaux milieux. Les phases de transgressions ont pour conséquence la colonisation du plateaux continental marin ubiquiste avec ses biotopes variés les ammonites grâce à leur capacité adaptative vont se diversifier ce qui se traduit au niveaux des fossiles par les variations morphologiques des coquilles. Durant le Crétacé, on assiste à trois renouvellement des faunes d'ammonites affectant prioritairement les hétéromorphes. L'hétéromorphie est l'expression, de la réponse biologique et de la sélection naturelle, des différentes tentatives d'adaptation aux variations environnementales au cours des ces temps géologiques ( entre 90 et 65 millions d'années) .

Les formes les plus complexes développées par les ammonites déroulées d'Hokkaido sont pour les jeux de l'évolution et du hasard comme le " Hokku " dans la poésie japonaise, une forme poétique très brève qui n'est que l'essence, le souffle d'une idée destinée à être entièrement créer par le lecteur.


REMERCIEMENTS :
La plupart des spécimens de cette exposition font partie de la collection de Eijiro Goto à Mikasa, son activité paléontologique a commencé il y a plus de 30 ans. Son continuel soutien, sa contribution au travail paléontologique et aux activités du Kreide Muséum de Misaka sont grandement appréciés.
Article sur l'évolution des oiseaux et leur parenté avec les dinosaures (phylogénie)
Les Dinoiseaux DINOISEAUX

André Holbecq


"Quand vous verrez un vol d'oies du Canada passer au dessus de vos têtes, dites-vous: les dinosaures migrent", ainsi écrivait déjà en 1986, Bob Bakker, le paléontologue américain, dans son livre "Dinosaurs hérésies" (traduit et publié en France en 1990 sous le titre : le ptérodactyle rose et autres dinosaures chez Armand Colin).

Trop longtemps (et encore maintenant) l'archéoptéryx a été montré comme le chaînon manquant, l'intermédiaire entre les dinosaures et les oiseaux, qu'en est-il maintenant ?

Ce premier "dinoiseau", "dinobird" en anglais, et selon la paléontologue Angela Milner présentait des ailes et des plumes, comme les oiseaux actuels mais aussi des caractères reptiliens comme les dents, la queue, etc… "Vieille aile" ou archéoptéryx pour les savants, fut déjà pressenti comme l'archétype du chaînon manquant par Thomas Huxley mais cette thèse fut combattue violemment.

Cependant dans les années 90 des découvertes chinoises ont permis de déduire que les oiseaux sont des petits dinosaures à plumes et à queue courte.

Huxley avait déjà remarqué 35 traits communs entre les deux groupes, mais à son époque ses détracteurs avaient prétendu qu'il ne s'agissait que d'une convergence de formes : deux créatures différentes évoluent indépendamment et finissent par avoir la même apparence (comme par exemple ichtyosaures, requins et dauphins). De plus on pensait que les dinosaures , à sang froid, n'avaient pas le métabolisme adéquat pour se permettre de voler, ce qui consomme une énorme quantité d'énergie. Plus grave, le bréchet n'existait pas chez les dinosaures alors qu'il est indispensable pour le vol avien; et ce qui disparaît dans l'évolution ne peut pas réapparaître! Et puis archéoptéryx , du jurassique supérieur, est trop vieux pour jouer le rôle d'ancêtre des oiseaux puisque les ancêtres potentiels des oiseaux sont les dromaeosaures datant du crétacé moyen. Dans les années 60, John Ostrom et son Deinonychus, reprenant les arguments de Huxley, réalisa une étude systématique comparant les caractères communs aux dromaeosauriens et aux oiseaux .

Dans les années 70, l'idée de dinosaures à sang chaud faisait son chemin, car à défaut de bréchet dinosaurien on avait trouvé des "furcula" (l'os du bonheur) en forme de boomerang ressemblant à celles en forme de V chez les oiseaux. Mais la controverse ne s'en arrêta pas pour autant à cause des embryologistes en 1990, car ceux-ci pensaient que les doigts des oiseaux sont les 2è,3è et 4ème, alors que chez les dinosaures ce sont les 1er, 2è et 3è.

Et toujours au cœur du problèmes: LES PLUMES. Ce problème ne pouvait pas être résolu tant que l'idée que "plumes implique vol", n'était pas remplacée par d'autres utilités indépendantes du vol. Après tout, les chauve-souris les ptérosaures, les papillons volent bien sans plumes ! Encore fallait-il y penser ! Et si l'on avait mieux observé le comportement des oiseaux actuels on se serait rendu compte des rôles fondamentaux des plumes, à savoir :

- caractères spécifiques

- caractères sexuels secondaires

- isolant thermique qui sont, eux, toujours utilisés même chez les oiseaux qui ne volent pas comme les autruches, casoars, émeus..

Enfin et heureusement les dernières découvertes chinoises permettent de dire qu'il y a autant de preuves de l'existence de dinosaures à plumes que de ptérosaures poilus; ce sont des faits maintenant reconnus.

Donc "la plume ne fait plus l'oiseau" comme l'annonçait le paléontologue Philippe Taquet à Valenciennes lors de l'exposition de l'iguanodon bernissartensis au musée des beaux arts, le 14 octobre 1998. Conséquence inattendue : LES DINOSAURES N'ONT PAS DISPARU, ILS SONT PARMI NOUS !

Et il va falloir revoir la classification animale et certaines définitions, en effet qu'est-ce qu'un oiseau maintenant ?

ARCHEOPTERYX LITHOGRAPHICA ou "vieille aile du calcaire lithographique"

Le premier, trouvé en 1861 à Solnhofen en Allemagne, date du jurassique supérieur (150 000 000 d'années) C'est un magnifique squelette avec des empreintes de plumes, parfaitement conservé dans ce sédiment à grain très fin préservant tous les détails. C'est l'exemplaire londonien, sans tête, mais avec furcula (os du bonheur). Son "inventeur", Karl Häberlein, l'a vendu au MNHN de Londres à Richard Owen 750 Livres.

En 1877 le 2ème exemplaire, avec sa tête, fut découvert par le fils d'Häberlein et vendu au musée de Berlin où il est toujours exposé. C'est le plus beau et le plus souvent présenté dans les manuels (avec tête mais sans furcula).

Un 3ème exemplaire a été trouvé en 1956: exemplaire du Maxberg malheureusement déjà décomposé lors de la fossilisation, sans crâne sans queue, mais bonnes empreintes des plumes des ailes. Il est en collection privée. Un 4ème exemplaire découvert en 1855 celui de Haarlem, fut tardivement identifié (en 1970) car il n'existe que les parties extrêmes des membres, et il fut à tort considéré comme ptérosaure.

Un 5ème exemplaire, un juvénile, a été trouvé en 1951 à Eichstätt, pris à tort pour un dinosaure compsognathus, mais identifié correctement en 1973; j'y ai personnellement observé un détail typiquement dinosaurien : une homologie, une astragale avec processus ascendant développé. Des gastralies ou cotes ventrales typiquement dinosauriennes sont bien visibles. Son crâne est remarquablement bien conservé. Les empreintes de plumes sont difficilement visibles (lumière rasante nécessaire).

Le 6ème et dernier a été trouvé en 1987 dans une collection privée à Eichstätt mais il est actuellement au musée de Solnhofen : les membres sont très bien conservés. De puissantes griffes très incurvées aux ailes, en font un grimpeur comme le poussin d'hoatzin actuel.

La plume ne faisant plus l'oiseau, que révèle l'étude du squelette des archéoptéryx ? Archéoptéryx est-il un oiseau ou un dinosaure à plumes ?

-Son museau long et étroit n'est pas un bec, on l'observe aussi chez gallimimus et les ornithomimidés.

-Il a des dents recourbées de type dinosaure, comme on le voit bien sur l'exemplaire d'Eichstätt et les oiseaux n'ont plus de dents.

-La fenêtre antéorbitaire existe distinctement, elle n'est pas du tout fusionnée avec l'orbite oculaire.

-Grandes orbites et gros cerveau mais certains dinos théropodes aussi.

-La zone de fixation du basin sur la colonne vertébrale est bien moins étendue que chez les oiseaux.

-La queue vertébrée est très longue comme chez les dinos.

-Il n'existe pas de pygostyle (=croupion) quelques vertèbres soudées en bout de queue (pourtant certains dromaeosaures en ont un !).

-Les pseudo "ailes" sont différentes de celles d'oiseaux: trois longs doigts griffus libres au lieu des doigts réduits et soudés, non griffus des oiseaux; de plus l'embryologie dit que ce sont les doigts 1,2,3 comme chez les dinos et non pas les 2,3,4 comme chez les oiseaux !

-La ceinture scapulaire montre une fourchette ou " furcula " ou " os du bonheur " en forme de boomerang et sans hypocléide, non pas en V avec hypocléide comme chez les oiseaux.

-La ceinture pelvienne a un ilion court et étroit de dinosaure, non pas long et large d'oiseau.

-L'ensemble pubis + ischion sans soudure, avec pré pubis , est de type théropode.

-Le hallux ou pouce inversé longtemps prétendu être uniquement avien existe pourtant chez les dinos théropodes et il est bien plus court que chez les oiseaux.

-Les os ne sont pas pneumatisés, pourtant ils le sont chez les oiseaux et les ptérosaures, et donc le squelette est relativement trop lourd pour voler.


Tout cela fait d'archéoptéryx un dinosaure emplumé ! (cqfd)


Une découverte dans le Middle West des USA implique une diversité déconcertante chez les dinosaures et amène Gerhard Heilmann à écrire déjà en 1926 sur l'origine des oiseaux en se basant sur l'anatomie et l'embryologie des reptiles, oiseaux, archéoptéryx et autres reptiles fossiles… Il pense que les archosaures et parmi eux les dinosaures saurischiens, et parmi ces derniers les coelurosaures seraient à l'origine des oiseaux. Mais il y a un problème ...

Le problème c'est qu'il n'y a pas de clavicules chez les coelurosaures, donc pas de futures fourchettes possibles !

S'agirait-il donc d'une convergence évolutive ?

Faut-il chercher plus avant chez les archosaures plus primitifs du Trias ? Mais alors il s'agirait d'animaux arboricoles " parachutistes " adeptes du vol plané. Mais cette hypothèse est remise en question avec les trois hypothèses suivantes :

1°/ selon Peter Galton (1970) les ornitischiens seraient proches des oiseaux mais ces dinosaures sont trop spécialisés pour devenir des oiseaux, d'où il faut chercher au Trias un archosaure ornitischien. Mais il n'a jamais été trouvé !

2°/ selon Alick Walker, Sphénosuchus, un archosaure à allure de crocodile ferait l'affaire; il se base sur les os du crâne, la structure de la ceinture scapulaire, sur les membres antérieurs et sur la cheville; mais il oublie le cas: archéoptéryx; il se rétracte et opte pour la 3ème hypothèse.

3°/ John Ostrom prétend que l'archéoptéryx a plus de 20 caractères communs avec les coelurosaures. Heureusement, on découvre des clavicules chez des théropodes, de plus la fourchette des oiseaux n'est pas l'équivalent des clavicules.

Sa théorie implique que :

- le bassin d'archéoptéryx n'est pas du type ornitischien mais saurischien théropode ;

- les membres antérieurs sont très semblables à ceux de théropodes même dans les plus petits détails ;

- les membres postérieurs sont très proches de ceux des théropodes.

Alors s'agirait-il d'une convergence évolutive de formes ?

Non ! Plutôt un lien de descendance !

Une 4ème hypothèse ( Hecht et Tarsitano) reprend les arguments d'Heilmann, et prétend qu'Ostrom se tromperait sur certains points.

L'embryologie permet de penser que chez l'oiseau ce sont les doigts 2,3,4, alors que chez les théropodes, ce sont les doigts 1,2,3, et archéoptéryx possède les doigts 1,2,3. Donc une main de dinosaure théropode.

D'où l'archéoptéryx serait alors un dinosaure à plumes, un "cul de sac de l'évolution".

Actuellement un consensus majoritaire opte pour l'hypothèse de l'ascendance coelurosaurienne.

Dans ce cas deux hypothèses concernant le mode de vol sont proposées :

1°/ soit voler à partir du sol, l'aile donnant de la vitesse pour la chasse (selon Nopsca) Mais cette proto-aile en réalité freine plus qu'elle n'accélère la vitesse de déplacement, alors Ostrom invente l'aile capteur-piège à insectes, avec en conséquence la première étame du vol ramé. Courir ailes déployées implique un effet ascensionnel diminuant la force d'appui au sol pourtant nécessaire pour la course ! Je note au passage que si cela avait été efficace, il existerait encore aujourd'hui quelques oiseaux utilisant cette méthode de chasse, or ils n'existent pas ! Le seul est un héron qui pèche en statique, en déployant ses ailes en ombrelle pour attirer les poissons dans une zone d'ombre.

2°/ soit planer à partir des arbres selon Heilmann, qui voit un proto-oiseau arboricole qui amortit sa chute et plane d'arbre en arbre pour vite changer de milieu, compte tenu des griffes très incurvées aux ailes comme aux pieds.


A l'ouest il y a du nouveau !

À 60 km de Lisbonne, Octavio Mathéus, un amateur découvre des œufs de dinos avec des embryons qui sont étudiés par Philippe Taquet et Armand de Riclès (publication en février 2001). L'embryon in ovo de LOURIHANOSAURUS âgé de 150 MA est le plus vieux des embryons de théropodes. L'étude démontre une croissance très rapide, supérieure à celle des tortues ou des crocodiles et comparable à celle des oiseaux.

Que nous apportent les récentes découvertes chinoises exposées au Musée de Londres? (en 2002/2003)

Les dinosaures à plumes de Liaoning en Chine

- PROTARCHEOPTERYX ROBUSTA, proche parent des DROMAEOSAURES. Un exemplaire unique et incomplet décrit en 1997, théropode coureur à longues pattes, à plumes de queue symétriques, avec des mains et poignets agiles, des griffes acérées. - CAUDIPTERYX ZOUI (avec des gastrolites dans l'estomac, et la queue en éventail) proche d' - ARCHEOPTERYX et SINOSAUROPTERYX (un adulte de 150cm et un juvénile de 55cm au duvet dorsal). Ce sont deux dinosaures emplumés âgés de 145MA, avec des plumes symétriques ne permettant pas le vol mais ils sont postérieurs de 5MA à l'archéoptéryx et ils n'ont pas de plumes modernes, et selon Eric Buffetaut il faudrait trouver un dinosaure à plumes modernes…

C'est fait ! Avec SINORNITHOSAURUS (124 à 147MA) dit "le raptor frisé", plus un "non nommé" appartenant aux dromaeosauridés. Ces nouveaux dromaeosaures ont des plumes à filament central à leur base rappelant les arêtes semblables aux plumes d'oiseaux actuels avec un rachis central et des barbes en série. Découvert en 2000 ce dromaeosaure long de 1,25m pesant 6Kg pouvait replier le bras comme une aile grâce à un os en demie lune.

CONSÉQUENCE :

Les plumes ont précédé l'origine des oiseaux et du vol !

Quel est donc le rôle des plumes ?

Parade sexuelle, reconnaissance sociale ou spécifique, isolation thermique, les trois certainement.

Coelurosaures ou dromaeosaures, de toutes façons, certains dinosaures sont à l'origine des oiseaux. Certains dinosaures n'ont pas disparu et selon Philippe Curie du Tyrel Muséum dans l'Alberta (Canada) : "cela montre que les dinosaures ne sont pas disparus mais sont bien représentés par 10 000 espèces d'oiseaux".

Et si vous n'êtes pas encore convaincu, voyez donc ces curieux oiseaux chinois possédant encore quelques archaïsmes, bien qu'étant étonnamment modernes, comme :

- Confuciusornis (1994), à bec édenté dont on distingue le mâle par les immenses plumes caudales tel un coq faisan vieux de 120 MA, possédant un pygostyle et un bréchet, d'une envergure de 36cm pour une longueur de 20cm, par centaines d'exemplaires.

- Chaoyangia (137 à 142 MA), de la taille d'un gros moineau, avec bréchet développé, pygostyle, et furcula en V, du début du crétacé inférieur, qui n'était pas exposé ni mentionné à Londres en 2002/2003 à l'exposition "Dinobirds".

- Changchengornis, muni d'une corne sur le bec comme un calao.

- Liaoxiornis, 122MA est le plus petit oiseau fossile connu dans cette formation de Liaoning.

Les deux dernières nouveautés :

- Jeholornis, un oiseau à corps de dromaeosaure de 120MA, volant et grimpant, avec 50 graines dans l'estomac ;

- Shenzhouraptor sinensis, qui serait le chaînon entre théropodes et oiseaux daté de 140 MA seulement (mais pas encore de publication donc méfiance…).

La prudence s'impose, témoin cette chimère made in China et vendue fort cher aux USA: l'archéoraptor liaoningensis, fabriqué à partir de deux fossiles distincts : une aile de Ianornis martini et une queue de dromaeosaure.

Enfin il est fait mention d'un véritable oiseau espagnol : Eoalulavis hoyasi, vieux de 135MA, découvert en juin 1996, son aile est munie d'alules lui permettant de ne pas décrocher en vol, indispensable pour le vol lent et pour manœuvrer, très moderne par son aile sa fourchette, avec hypocléide, son pygostyle son sternum ossifié, mais primitif par son bec denté.

Même dans le livre la classification phylogénétique du vivant, on n'arrive plus à distinguer les dinosaures des oiseaux, ces derniers en étant !

Cependant j'ai cherché et trouvé des distinctions propres aux oiseaux :

- fenêtre antéorbitaire fusionnée dans l'orbite

- tête globuleuse et gros cerveau

- des os pneumatiques

- un ilion plus long et fixé sur de nombreuses vertèbres

- un pubis orienté nettement vers l'arrière, parallèlement à l'ischion et soudé à celui-ci

- une queue courte avec pygostyle (croupion - vertèbres soudées)

- un bréchet très développé

- des os coracoïdes longs

- une fourchette en V avec hypocléide

- une aile faite pour le vol battu

- des doigts 2/3/4 réduits et soudés


Mais dites-vous bien comme Bob Baker que "dans votre canari, il y a une parcelle de T-Rex qui sommeille" et comme Marc Norell du musée de New York : "les mots dinosaure et oiseau sont interchangeables et synonymes. Ils caquettent, roucoulent, sont dans nos poulaillers, sur nos places bref ils sont encore parmi nous et partout !".
Les matériaux de construction de Belgique et du Nord de la France

Prof.Dr. Eric Groessens, Géologue européen
Service géologique de Belgique, 13, rue Jenner – 1000 Bruxelles


Introduction

La Belgique et la partie septentrionale de la France sont depuis deux mille ans des producteurs renommés de marbres et de matériaux de construction. La dernière catégorie comprend des calcaires, des grès à ciments divers et dans une moindre mesure, des ardoises et des roches éruptives. Quant-au terme « marbre », il désigne ici, non pas des calcaires ou dolomies métamorphiques, mais uniquement des calcaires durs, sédimentaires, d’âge dévono-carbonifère, qui allient un aspect agréable à la possibilité de prendre un beau poli et d'être utilisés en décoration. Ce sont des roches à faible porosité mais de colorations variées souvent rehaussées par des veines de calcite ou par des restes d'organismes fossiles tels que les coquillages, les coraux, des algues, des encrines et des remplissages énigmatiques dénommés « stromatactis ». Nos régions ont produit des centaines de variétés différentes et étaient jusque vers le milieu du XXème siècle, parmi les principaux producteurs mondiaux. La plupart de ces sites d'exploitation ont été abandonnés ou transformés en carrières de concassés. Les gisements encore en activité seront seuls repris : ce sont les encrinites crinoïdiques bleu foncé appelé « Petit Granit », « Calcaires de Meuses » et les Marbres Rouges et Noirs Belges et les Marbres du Boulonnais.


Les pierres blanches

La Belgique est par contre un petit producteur de Pierres Blanches, mais celles-ci ont acquis leurs lettres de noblesse depuis la période gothique, pendant laquelle nombre d'hôtels de ville et de cathédrales ont été érigés dans ces matériaux. Les calcaires qui étaient les plus appréciés pour la sculpture étaient d’une part, une craie turonienne, exploitée en souterrain à Avesnes-Le-Sec et Hordain, et d’autre part, une calcarénite connue sous le nom de Tuffeau de Maestricht. En Belgique, deux calcaires gréseux lutétiens sont encore exploités, ce sont la Pierre de Baelegem ou Grès lédien et la Pierre de Gobertange, aussi appelée Moellon Bruxellien ; un calcaire jurassique (Bajocien) est sporadiquement exploité à la frontière française sous le nom de Pierre Gaumaise ou Pierre de Grandcourt. Ce calcaire est également exploité au Grand-duché de Luxembourg, au lieu-dit Weisskaul, sous le nom de Pierre de Rumelange. Weisskaul peut se traduire par choux-fleur et rappelle l’existence, à ce niveau de biohermes à Isastrea. C’est un calcaire blanc-jaune d’une structure homogène, constitué par l’accumulation de débris d’organismes. Il se laisse facilement travailler et montre alors de belles structures entrecroisées et un classement des débris fins ou plus grossiers. Cette pierre était exploitée, côté français, à Autun-le-Tiche. En Lorraine, cette même formation est actuellement extraite d’une grande carrière à Malancourt-la-Montagne par la société Vaglio et dénommée Pierre de Jaumont. Elle est justement qualifiée, à cause de sa couleur jaune-ocre, de « Pierre du Soleil ». Ces calcaires bajociens étaient exploités dès l’époque gallo-romaine, comme en témoignent les nombreux sarcophages et stèles funéraires découverts dans les chantiers archéologiques de Metz ou les belles sculptures exposées dans les musées de Luxembourg et d’Arlon. Ces pierres étaient aussi très employées au XIIIème et XIVème siècles pour bâtir les grands édifices religieux flamboyants tels que la cathédrale de Metz et la remarquable basilique d’Avioth. Plus près de nous, il faut signaler un temple bouddhiste à Kobe. Les édifices civils n’ont jamais été en reste : la belle Place Ducale à Charleville, de nombreux bâtiments à Lyon et jusqu’au Casino de Macao sont en Pierre de Jaumont. Dans une zone frontalière, comme celle qui nous intéresse, les ingénieurs militaires ont évidement fait une grande consommation de cette pierre. La belle couleur chaude des remparts de Vauban à Luxembourg, des citadelles de Montmédy et Sedan rappelle l’usage de la pierre locale. Dans cette même région, les grès d’Hettange (le stratotype de l’Héttangien à Hettange-Grande est devenu une Réserve naturelle géologique) furent exploités dans la Carrière Gries jusqu’au milieu du XXème siècle pour la confection de moellons et pavés. Dénommés Grès de Luxembourg par les géologues, ils sont encore exploités actuellement à Larochette et connus au Grand-Duché sous le nom de Pierre d’Ernzen. C’est un grès à ciment calcitique ; le pourcentage de calcite peut varier dans des limites assez larges, mais tourne généralement autour de 25 à 30 %. La teinte à l’état oxydé, varie de blanc à beige en fonction de la proportion d’oxyde de fer. La succession d’exploitants belges, précédant l’actuelle SARL Feidt, permet d’expliquer les nombreuses applications de ce matériau en Belgique et au Pays-Bas. Les utilisations anciennes témoignent de la bonne tenue de ce matériau et de la finesse des sculptures qu’on pouvait en tirer. En Belgique, cette formation ne permet que la confection de beaux pavés et moellons. Le gisement est exploité à Florenville et le matériau dénommé Pierre de Fontenoille. La société Emond a récemment fourni de grandes quantités de pavés pour des travaux de voirie à Paris, ainsi que pour le bel immeuble des Sources Valvert en Luxembourg belge. Signalons aussi que l’entreprise Feidt exploite également au Grand-Duché, un grès fin-verdâtre à ciment dolomitique, d’âge triasique dénommé Grès de Gilsdorf. Rocamat, le premier groupe français de l’industrie de la pierre, extrait de la pierre et du marbre dans 35 carrières et les travaille dans 14 usines de transformation. Dans la région Lorraine, cette société exploite le calcaire dans trois carrières en activité permanente : Euville, Savonnière et Brauvilliers. La carrière de Lérouville (Moulin à Vent) est en activité occasionnelle. Euville et Lérouville sont des calcaires à entroques d’âge oxfordien, les deux autres sont des calcaires oolithiques d’âge portlandien. Toute ces pierres sont exportées depuis de nombreuses années, surtout en Benelux, mais également dans de nombreux autres pays. Le rez-de-chaussée du Petit-Palais à Paris et le Palais royal de Bruxelles sont en Pierre d’Euville. La façade de la gare de l’Est à Paris est en Savonnière. Le théatre d’Angers et le palais de justice d’Epernay sont en Brauvilliers, alors que le port d’Honfleur est en Lérouville. La Pierre de Senonville, qui est également un calcaire à entroques, grisâtre, semé de petits nids ocreux, à grain un peu plus grossier, était exploité dans de nombreuses carrières à ciel ouvert à Senonville et Chaillon. F. Drapier réexploite ce matériau au lieu-dit « Le Hullin » (Meuse) Une oolithe, qui n’est plus exploitée, mais l’a été pendant des siècles est connue sous le nom d’Oolithe de Marquise. Ce calcaire bathonien été largement utilisé localement, comme dans la cathédrale de Saint-Omer, mais on le retrouve aussi dans un certain nombre d’édifices belges, tels que la célèbre cathédrale de Tournai.


Un peu d’histoire de la marbrerie

Le sous-sol de la Belgique a de tout temps procuré aux architectes et aux sculpteurs, les bons et beaux matériaux nécessaires à l'érection et à l'embellissement des constructions et à la réalisation d'oeuvres d'art. Les découvertes archéologiques témoignent qu'à l’époque gallo-romaine bon nombre de gisements étaient en exploitation. Il ne fait aucun doute que dès le premier siècle de notre ère, les marbres rouge belges et les noirs (de Tournai, Dinant, Theux, Basècles, Bavais...) étaient exploités, sciés et polis. A la chute de l'Empire romain, le travail du marbre a disparu quasi totalement de nos régions. Dès le XIème siècle, Tournai sera le premier siège d'exploitation à reprendre le flambeau. Les régions voisines prirent rapidement le relais. Citons entre autre la pierre blanche en Picardie, ainsi que le marbre du Purbeck en Angleterre, la pierre bleue en Hainaut ou bien celle de Meuse. Les fonts baptismaux tournaisiens sont nombreux en Belgique ; de même, de nombreuses cathédrales anglaises s'enorgueillissent de posséder des fonts de Tournai (Lincoln, Winchester, Southampton, East Méon, St Mary Bourne, Thornton Curtis, Ipswich, Boulge etc...). En France également, pour ne citer que quelques exemples, signalons ceux de la cathédrale de Châlons-sur Marne ; du Tréport, en Haute Normandie; de Chéreng et Haumont dans le Nord ; de Vermand dans l'Aisne ; de Vimy dans le Pas-de-Calais et de Neuville-sous-Corbie dans la Somme. Les pierres tombales en marbre noir de Tournai sont également très nombreuses, citons pour mémoire celle de l'évèque Nigel dans la cathédrale d'Ely en Angleterre, et surtout celle de Blanche de Castille à St.Denis. Vers la même époque, des artisans cherchèrent dans d'autres régions, des matériaux semblables se prêtant à la sculpture. Le Marbre noir de Dinant fut, par exemple, utilisé pour réaliser le mausolée des Ducs de Bourgogne (Dijon) et les tombeaux des rois du Danemark (Roskilde). La Pierre de Tournai fut donc, pendant toute la période romane le principal matériau de construction durable de tout l'Ouest du pays. Dans la région liégeoise, les grès houillers constituaient le matériau de prédilection. La période gothique vit l'apparition de nouveaux matériaux, plus légers et permettant des sculptures plus fines, qualités nécessaires à l'érection de nos églises et de nos principaux hôtels de ville. A l'Ouest, se fut principalement le Calcaire lédien ou Pierre de Balegem qui fut utilisé, à l'Est, les architectes eurent recours au Tuffeau de Lincent ou de Maestricht. Malheureusement, ces calcaires blanchâtres souffrent des polluants atmosphériques et furent progressivement (tel que visible à l'hôtel de ville de Bruxelles) remplacés par d'autres matériaux tels que les calcaires meusiens et autres Pierre de France dans des travaux de restauration. La Renaissance donna un nouveau coup de fouet à l'industrie marbrière : nos marbres noirs et rouges furent alors exportés dans toute l’Europe. La noblesse et la riche bourgeoisie embellirent leurs châteaux et domaines avec des marbres venus de toutes parts. L'attrait pour nos beaux marbres colorés se fit encore plus grand pendant la période Baroque. Les choeurs de nos anciennes cathédrales furent agrémentés par de somptueux autels et les nefs principales de nombreux édifices religieux furent coupées par des jubés pour lesquels les artisans se surpassèrent. L'apogée du commerce du marbre fut certainement atteint, suite aux agrandissement effectués par Louis XIV au château de Versailles, pour lequel des panneaux muraux, des dallages, des colonnes, des escaliers etc... furent réalisés en marbres de provenances diverses, en grandes quantités des provinces septentrionales appelées Flandres. D'où l'origine des qualificatifs Rouges, Noirs ou Granits de Flandres encore largement utilisés par les amateurs d’art. La Galerie des Glaces de Versailles n'eut été aussi belle sans le concours du plus prestigieux de nos marbres rouges: le Rouge de Rance. Versailles inspira, non seulement de nombreux souverains étrangers, mais également la noblesse et la bourgeoisie naissante. Après la Révolution et avec l'Empire, l’industrie marbrière retrouva une partie de son éclat d'antan, car il se créa une nouvelle noblesse et une bourgeoisie qui ne lésinaient pas sur les signes extérieurs de richesse. Le blocus anglais, en empêchant l'arrivée des produits italiens, transportés par mer, favorisa le commerce avec nos régions. Cette période fut également celle du début de l'industrialisation et de la création de l'Administration des Mines. Après l'abdication de Napoléon, de nouveaux Etats furent créés. Des mesures protectionnistes furent progressivement introduites par les gouvernements. Les marbriers belges furent privés de leur débouché naturel que constituait la capitale française. De nombreux artisants belges émigrèrent vers le nord de la France où tout ce qui pouvait se travailler et polir fut exploité : ainsi naquirent les Noirs français, le Sainte-Anne français, etc. Parallèlement, les marbriers belges s'orientèrent vers de nouveaux marchés et la croissance fut telle que lors de son apogée, qui se situe dans la seconde moitié du XIXe et jusqu'à la Grande Guerre, l’industrie marbrière belge dominait le marché international. Mais un déclin progressif s'amorçait, et à l'exception de deux courtes périodes de reconstruction après les guerres, une régression générale s'opéra. Il n’en demeure pas moins que l’industrie de la pierre en Belgique est loin d’être insignifiante. Depuis le 1990, les principaux producteurs se sont regroupés pour promouvoir ensemble leurs produits. Ainsi est né Pierre et Marbres de Wallonie. Après le succès d’édition du beau livre portant le nom de l’association, elle vient de publier un nouveau volume de prestige dénommé, Vies de Pierres. Il faut aussi signaler, que si la Belgique n’extrait pas un mètre cube de granite sur son territoire, elle a su développer une industrie granitière de transformation puissante et la revue française spécialisée Pierre Actual titrait en juillet 1995 : « Bruxelles, capitale européenne du Granit ». La France, à elle seule, a acheté à la Belgique en 2001, plus de 12.000 tonnes de granits ouvrés.


Les marbres encore exploités dans nos régions : honneur à la Pierre Bleue

Le matériau belge le plus exploité est incontestablement le Petit-Granit ou Pierre Bleue aussi dénommé Pierre de Soignies et Ecaussinnes dans les documents douaniers . C'est un calcaire à entroques bleu foncé, d’âge tournaisien. Comme chaque élément du squelette de ces animaux est un monocristal de calcite, la roche que forme l'accumulation des ces éléménts fossiles présente certaines analogies avec les granits. Ce calcaire a aussi été appelé diversement dans le passé, dont le Marbre de Ligny. Ce marbre était connu et apprécié à Paris, dès la fin du XIXème siècle. Le Panthéon, la Madeleine et Notre-Dame de Paris sont dallés avec ce matériau. Plus de 80% de la production sont issus de la région de Soignies, les 20% restants provenant de la région au sud de Liège, d’Yvoir et de Spontin. L'épaisseur totale des bancs exploités est d'environ 40 m et leur couleur varie du gris au bleu virant au noir lorsqu'il est poli. Le Petit Granit est un des meilleurs matériaux de construction en Europe; il se compose de plus de 95% de carbonate de calcium, ne s'altère pratiquement pas, est inerte au gel, à la pluie, aux vents chargés de sels marins, et est très résistant aux fumées sulfurées. Le Petit Granit, n’est pas la seule pierre à être classée dans les Pierres Bleues ; en effet, le Calcaire de Tournai et le Calcaire de Meuse appartiennent aussi à cette catégorie. Nous avons déjà longuement disserté sur l’importance historique de la Pierre de Tournai. Nous devons ajouter que grâce aux Cimenteries Lemay de Vaulx-lez-Tournai, cette pierre est toujours exploitée pour les travaux de restauration et de construction neuve. Une quinzaine de mètres de calcaire, situés de part et d’autre d’un niveau repère d’origine volcanique (le Gras-délit) sont extraits comme Noir de Tournai (les bancs bleus), pour les bancs supérieurs et comme Pierre de Tournai (les bancs gris), pour ceux de la base. Les bancs « bleus » prennent un adouci noir et sont essentiellement utilisés pour les dallages intérieurs. Les « gris » sont principalement destinés aux travaux extérieurs. Les différents calcaires viséens qui affleurent de part et d'autre de la Meuse entre Namur et Liège, ainsi que ceux des vallées du Samson et de la Méhaigne ont été intensément exploités dans le passé sous la dénomination générale de Calcaire de Meuse. Le plus jeune, stratigraphiquement parlant, de ces calcaires est exploité dans la carrière dite « de l’Etat » à Sclayn, le long du fleuve. Il s'agit d'un calcaire plus finement grenu que le Petit Granit et de teinte bleu foncée. C’est au sein de cette formation que s’extrayait le Marbre Noir de Namur. Un calcaire stratigraphiquement plus ancien, gris clair; oolithique et se patinant en blanc est exploité dans une autre carrière à Vinalmont, près de Huy. Il peut être poli et prend alors une teinte uniformément grise, du meilleur effet. Cette roche est composée de plus de 99% de carbonate de calcium et est insensible à la gelée. Un autre calcaire clair, stratigraphiquement encore un peu plus ancien que le précédent, est exploité à Longpré (Wanze). Le Calcaire de Longpré se distingue du Calcaire de Vinalmont par la présence de nombreux entroques au sein de la masse.

Suite à une intuition géniale de son directeur A. Delmer, le Service géologique de Belgique a foré le Paléozoïque de Saint-Ghislain (pratiquement à la frontière sur l’autoroute Bruxelles-Paris). Parmi les données obtenues grâce à ce sondage, il faut signaler la découverte de la présence de plus de 760 mètres d’évaporites (plus les vides) au sein du Viséen de cette région. La dissolution locale de ces évaporites a provoqué la formation de brèches (Marbres de Waulsort, de Dourlers, Napoléon etc.) et la fracturation avec recimentation par des veines blanches (Bleu Belge…). L’équivalent stratigraphique de ces calcaires bleus affleure dans la boutonnière du Boulonnais mais le calcaire a changé de couleur, suite au lessivage des couches. Il est devenu beige plus ou moins clair, vieil ivoire, café au lait, bois de rose etc... et la présence d’algues calcaires s’est considérablement accrue.


Les Marbres du Boulonnais

A Rinxent, dans le Bas-Boulonnais, deux carrières exploitent divers marbres et calcaires. Bien que leur exploitation ne soit pas de date très ancienne, tout le monde les connaît aujourd’hui. Leurs noms de Napoléon Tigre Patte d’Alouettes, Henriette, Caroline, Joinville, Lunel Rubanne Notre-Dame, Loupines, Lunel Fleuri, etc. ne sont peut-être pas étrangers à la vogue qu’ils connaissent. Au total, on exploite vingt-six variétés. Les structures énigmatiques de ces marbres ont fait l’objet d’une étude remarquable du père H. Derville s.j. qui a montré que les algues calcaires occupent le tout premier plan. Certains bancs peuvent être considérés comme de véritables calcaires construits ou bancs récifaux édifiés par des thallophytes. D’autres se sont formés par sédimentation, mais souvent aux dépens de certains organismes de nature végétale ou bactérienne. Il est aussi à remarquer que certains bancs, telle le Napoléon Grand Mélange, présentent parfois de magnifiques pseudomorphoses d’évaporites encroutés de bioconstructions algaires.


Le Marbre noir belge

Dans la production marbrière mondiale, une place privilégiée est réservée aux marbres noirs de Belgique. Bien qu'ils proviennent de diverses localités et d'horizons stratigraphiques différents, ils sont connus à l'étranger sous le nom de Noir Belge et ont en commun leur homogénéité, leur pureté et leur texture microscopique. La plupart sont d'âge Viséen inférieur (Dinant, Theux, Basècles) ou moyen (Namur).

Malgré leur grande réputation, toutes ces carrières souvent souterraines, furent fermées à cause du pourcentage élevé de déchets par rapport au matériau noble. Jusqu'il y a peu, une seule carrière exploitait ce précieux matériau à Golzinne près de Gembloux. Ce marbre noir est d’âge frasnien. La série des bancs utilisables n'est épaisse que de quelques mètres et la production, limitée à 400 à 500 mètres cubes par an, est presque totalement exportée.

Depuis quelques années, une ancienne carrière de Marbre Noir de Dinant, sise à Salet, près de Maredsous, est réouverte à ciel ouvert. A ce propos, signalons, la magnifique collection de fossiles, tout à fait exceptionnels, réunis par Dom Grégoire Fournier et exposée à l’Abbaye de Maredsous. Dans le nord de la France, on a exploité un marbre noir de Rety (Viséen supérieur du Boulonnais)et une série de Calcaire givétien noir et grenu de la vallée de l’Hogneau (Bavay). Ces marbres étaient connus sous l’appelation générale de Noir Francais. La concentration fossilifère de certains d’entre-eux a permi la variété des appelations : St Vincent, Cliquant, Amandes, Fleuri, Murchisonies, Poil d’Herbe, Coquillier, Boule de Neige, etc.


Les Marbres rouges

Au cours du Frasnien, des récifs ou mud-mounds se sont érigés à différents niveaux de cet intervalle stratigraphique. Les niveaux supérieurs, généralement rouges, ont souvent fait l'objet d'exploitation. C'est ainsi que plus de deux cents gisements anciens sont répertoriés le long d'une bande qui s'étend depuis Maubeuge-Recquignies, au bord nord du synclinorium de Dinant et Fromelennes-Trélon au bord sud du même synclinorium, jusqu'à la partie orientale du synclinorium de Dinant. C'est cependant dans la région de Philippeville qu'ils atteignent leur développement maximum et leur plus grande concentration. La tonalité de ces marbres varie du gris très clair au rose, au rouge et au rouge-brun, avec parfois des nuances bleutées, des taches noires et des veinages blancs ou gris. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que les appellations commerciales se soient multipliées. Une classification générale peut cependant être appliquée : les marbres rouges foncés sont dénommés Griotte. Il peut y avoir un passage vers le rouge dit Royal, qui se charge de fossiles gris qui peuvent donner naissance à des fractions franchement noires (le Byzantin). On passe ensuite aux marbres Gris. Souvent au nom de Griottes, Royal, Gris, Byzantin, on ajoutait le nom de la carrière, de la commune où il était exploité, etc. D'autres noms, plus ou moins fantaisistes ont aussi été employés.


Les grès et autres roches siliceuses

Tous ces marbres et pierres marbrières peuvent, outre le polissage et le façonnage tradidionnel, faire l'objet de moellonage et de clivage. D’autres matériaux, ne conviennent que pour ces dernières applications. Telles sont par exemple, les arkoses et les grès dévoniens, dont les Psammites du Condroz qui constituent, après le Petit Granit, le matériau de construction le plus utilisé. Les arkoses ne sont plus exploitées que dans le Dévonien inférieur de l’Est de la Belgique. On distingue les Pierres de Boussire, les Arkoses de Waismes surtout de teintes claires et les Pierres des Hautes Tailles de teintes vives. La Belgique est riche en grès de diverses couleurs selon la composition du ciment. En Ardennes, les grès schisteux du Dévonien inférieur restent un matériau très apprécié (Pierres d’Alle-sur-Semois, de Petit Monceau, de Mouzaive…). Actuellement, seul les Quartzites blancs de Spixhe et du Bois de Staneux sont encore extraits. Des grès tertiaires à ciment ferrugineux (Bruxellien, Distien) sont exploités sporadiquement pour des besoins des restaurations. Les grès à ciment calcareux ont été traités plus haut. Enfin, les grès durs du Famennien (Psammites du Condroz) sont à grains très fins, siliceux et légèrement micacés. Les variétés présentent des caractéristiques techniques fort proches et se distinguent par des nuances de teintes qui vont du rouge lie-de-vin au bleu et vert en passant par le jaune ocre. Ils sont appréciés en pavage et revêtement de sols grâce à leur surface antidérapante. Les dénominations sont souvent liées au nom du village ou de la vallée dans laquelle est situé le lieu d’exploitation : Grès de Meuse, de l’Ourthe, du Bocq, etc. ou Grès d’Yvoir, d’Arbre. Nous aurions dû traiter au cours de cette étude des ardoises de Fumay, de Martelange et Warnifontaine et qui étaient hautement appréciées pour leur qualité. Malheureusement, le fendage des ardoises de recouvrement a complètement disparu de nos régions. La dernière ardoisière souterraine, celle de Warnifontaine, a arrêté sa production en juin 2002, pour se tourner vers la pierre de maçonnerie, de dallage etc. Depuis quatre ans, les ardoisières d’Herbeumont produisent également de la pierre ornementale, dans une carrière à ciel ouvert. Au sein des ardoises du Massif de Vielsalm, une pierre abrasive naturelle exceptionnelle est encore exploitée : c’est le fameux Coticule. Rappelons également que la Belgique est un des principaux producteurs mondiaux de silex, qui servent essentiellement comme matériau réfractaire, mais peuvent également être utilisés comme matériau de construction.


En guise de conclusion

La concurrence étrangère, liée d’abord, à la création de l’Union européenne, mais actuellement surtout, venant de l’Asie (Chine, Vietnam…) est une des principales raisons du déclin progressif de l’industrie de la pierre dans le nord de la France et la Belgique. Une autre raison en est la difficulté que rencontrent nos industriels pour poursuivre leurs exploitations et surtout pour ouvrir de nouveaux gisements, à cause des contraintes environnementales et financières. La demande de plus en plus grande, de roches industrielles de qualité, provoque aussi, et on peut le regretter, le transfert vers le concasseur, de roches qui étaient appréciées pour leurs qualités esthétiques et techniques dans la construction et la décoration. De nombreuses et fameuses pierres de constructions n'ont pas été mentionnées ci-dessus car leur exploitation a été totalement arrêtée. Parmi celles-ci, nous ne mentionnerons que les plus célèbres : Bleu Belge, Grand Antique de Meuse, Florence, Lilas, Notre Dame de Dieupart, Sainte Anne, Cousolre, Avesnes, Grand et Petit Antique, etc. Les potentialités de certains gisements sont encore importantes et le redémarrage de la Carrière de Tailfer (Grand Antique de Meuse) est heureusement à l’ordre du jour. On ne peut que formuler des voeux pour que d’autres variétés suivent cet exemple.


Pour en savoir plus

  • Anderson F. et Groessens E (1996) - The black Altars of Nehalennia. Oudheidkundige Med.uit the Rijksmuseum van Oudheden te Leiden, n°76, pp129-136.
  • Braemer F.(1986) - Répertoire des gisements de pierres ayant exporté leur production à l'Epoque romaine. Grenoble, (1983), Coll. CTHS , 2, 1986, pp. 287-328.
  • Briot P et Streiff J. -P. (1991) - L’Epopée de la Pierre – Mairie d’Euville, 24 p.
  • Camerman C. (1957) - Description et emploi en Belgique et aux Pays-Bas des Pierres Blanches Françaises Ed. Hayez, Bruxelles, 93 p.
  • Centre Scientifique et Technique de la Construction (2001) - La pierre bleue de Belgique dite « Petit granit » d'âge géologique Tournaisien. Notes d'informations techniques n°220, 60 p.
  • Centre Scientifique et Technique de la Construction (1970) - Pierres blanches naturelles. Note d'information technique n°80, 107 p.
  • Centre Scientifique et Technique de la Construction (1986) - La pierre de Vinalmont. Annexe 2 de la note d'information technique n°163, 11 p.
  • Centre Scientifique et Technique de la Construction (1986) - La pierre de Tournai. Annexe 1 de la note d'information technique n°163, 12p.
  • Cnudde C., Harotin J. -J., & MAJOT J. -P.(1987) - Pierres et marbres de Wallonie (en français et néerlandais) - Archives d'Architecture Moderne à Bruxelles et Ministère de la Région Wallonne (Service Ressources du sous-sol), pp 1-180 (existe également en anglais/allemand).
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  • ROCAMAT – Documentation technique.

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