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Histoire de la paléontologie, Darwin et Théorie de l'Evolution

Laurent Dubois

Introduction

Dans l'histoire de la paléontologie, mais également de la biologie, de la génétique et même de la philosophie et de la religion, nous pouvons dire qu'il existe un 'avant Darwin' et un 'après Darwin' avec comme charnière la publication de son œuvre ' l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ' (1859). Cette œuvre représente 20 ans de travaux, de réflexions, de remises en questions, notamment au cours de son voyage sur le Beagle, avec lequel il fit le tour du monde du 21 décembre 1831 au 2 octobre 1836. Charles Darwin (1809 - 1882) y défini à partir d'idées préexistantes et de cheminements intellectuels qui lui sont propres, la théorie révolutionnaire de la sélection naturelle, sélection responsable de la survie ou de la mort des individus, mais également des espèces. Selon lui les organismes changent de génération en génération pour aboutir à de nouvelles espèces. De nos jours, ces idées sont pour un paléontologue, la base de la réflexion. A l'époque, ce n'était évidemment pas le cas et les réactions à cette théorie furent nombreuses.


I) L'avant Darwin

A) La naissance de la paléontologie

Pour comprendre la difficulté de l'émergence de la paléontologie, il faut se replonger dans la mentalité de l'époque. En effet, la religion occupe une place prépondérante dans les têtes, également dans celle des scientifiques.

Les précurseurs de la paléontologie se nomment Léonard de Vinci (1452 - 1519) et Bernard Palissy (1510 - 1589). Ils définissent pour la première fois les fossiles comme étant des restes organiques (avant ils étaient attribués à des jeux de la nature tel que les éclairs par exemple). Ils voient en ces fossiles le résultat et les témoins de déluges bibliques.

Pour permettre le développement de la paléontologie, il fallait dans un premier temps, un changement de mentalité qui passait par la reconnaissance des temps géologique. Ce n'est qu'à la fin du 18 ème siècle que Geoges-Louis Leclerc de Buffon (1707 - 1788) va remettre en question l'âge de la Terre. Avant ça, il était admis que la Terre avait été créé en 7 jours selon la bible, et qu'elle avait 4004 ans, âge défini à partir d'études se basant sur l'ancien et le nouveau testament. Buffon, quant à lui, affirmait un âge de 75000 ans. Même si cette valeur était fausse (la Terre a 4,5 Ga), elle eut au moins le mérite de bousculer les croyances de l'époque. Cette affirmation dérangea tellement que Buffon du présenter des excuses publiques. Mais il était déjà trop tard, la remise en question était amorcée. Darwin lui-même, avança quelques dizaines d'années plus tard, le chiffre de 2 milliards d'années (2 Ga). Ce chiffre était toujours aussi faux, néanmoins il fit partie de ceux qui firent prendre conscience de l'intérêt que pouvait représenter les fossiles. En effet, à la fin du 18 ème siècle, l'âge de la Terre n'avait de cesse d'augmenter. Serait-il alors possible de dater les terrains sédimentaires à partir des fossiles ? Ces fossiles avaient-ils un intérêt ? Un élément de réponse fut apporté au début du 19 ème siècle. En 1815, l'anglais William Smith et le français Alexandre Brongniart rassemblent les cartes géologiques de leur pays respectifs et comparent le bassin londonien et bassin parisien. Ils observent alors que les terrains sédimentaires et les fossiles sont identiques des deux côtés de la Manche. Cette rencontre est à la base de la paléontologie stratigraphique et à l'origine de l'établissement de l'échelle stratigraphique.


B) Les anciennes théories paléontologiques

L'étude des fossiles, et notamment de la biostratigraphie, pose de nouvelles questions. Par exemple comment expliquer la succession de la faune et de la flore (figure 1) dans les différentes couches géologiques ?

succession de couches géologiques
Fig. 1: variation de la faune dans une succession de couches géologiques


Différentes explications voient le jour :
- une catastrophe extermine l'espèce A, puis nous avons création de l'espèce B.
- l'espèce A disparaît puis nous avons une nouvelle génération spontanée.
- il y a une transformation de l'espèce A en B….

Le foisonnement d'hypothèse engendra la création de 'clans'. Pour synthétiser, nous pouvons dire qu'il y avait deux grandes théories : certains pensaient que les espèces étaient fixes, donc la succession d'espèce est due à la création de nouvelles espèces, ce sont les fixistes. D'autres pensaient que les espèces étaient stables selon les conditions, ce sont les évolutionnistes (cf. III A).


La conception fixiste

La théorie du fixisme comporte plusieurs variantes, qui se sont parfois succédées pour essayer de garder une certaine crédibilité face aux arguments des évolutionnistes. Nous allons en énoncer les principales ci-dessous.

- Fixisme (fig. 2) : les fixistes pensent que les espèces sont créées par Dieu à partir d'un couple originel, et qu'elles ne changeaient pas au cours du temps, il suffisait donc de les répertorier, de les cataloguer. Le représentant le plus emblématique du fixisme pur est Carl Von Linné (1707 - 1778), principalement pour une raison : la nomenclature binomiale. Dans le but de répertorier les organismes fossiles et actuels, il inventa cette nomenclature dans laquelle chaque organisme porterait un nom de genre, suivi d'un nom espèce ( Homo sapiens , par exemple). Toutefois le cas de Linné est également un peu particulier, car il se démarqua de ses confrères lorsqu'il fit le choix de regrouper le singe et l'homme dans un même ordre (Anthropomorpha), choix qui fut énormément critiqué.

le fixisme
Fig. 2: représentation du monde vivant selon le fixisme


- Fixisme avec extinction (fig. 3) : lorsque les paléontologues découvrirent les nombreuses espèces fossiles, les fixistes durent admettre qu'un grand nombre d'organisme n'étaient plus présents de nos jours. La notion d'extinction fut donc admise par les fixistes. C'est également le début du catastrophisme : intervention d'événements majeurs (comme le déluge biblique) causant des extinctions. Georges Cuvier (1769 - 1832), spécialiste de l'anatomie comparée, était un des défenseurs de cette théorie. Dans ce cas de fixisme avec extinction, un autre problème se pose : comment expliquer qu'il existe toujours autant d'espèces ? Ces extinctions ne devraient-elles pas engendrer une baisse de la biodiversité facilement observable. C'est cette réflexion qui conduisit au fixisme avec extinction et remplacement.

fixisme avec extinction
Fig. 3: représentation du monde vivant selon le fixisme avec extinction


- Fixisme avec extinction et remplacement (fig. 4) : les espèces sont toujours créées par Dieu, il existe des extinctions, mais les espèces sont ensuite remplacées par d'autres. Buffon, Lyell (il changea d'avis plus tard) et Cuvier adhèrent à cette pensée. Pour Cuvier, il n'y avait pas d'évolution mais des catastrophes suivies de créations.

fixisme avec extinction et remplacement
Fig. 4: représentation du monde vivant selon le fixisme avec extinction et remplacement


- Fixisme avec extinction et remplacement avec progrès (fig. 5) : dans ce cas de figure, Dieu refait les espèces, mais en mieux. Louis Agassiz (1807 - 1873) défendait cette théorie. Il a également été le premier a formulé d'hypothèse des glaciations en 1837. Agassiz (pour l'esclavagisme) était l'ennemi scientifique de Darwin (contre l'esclavagisme). Pour Darwin, certaines des observations d'Agassiz étaient bonnes, mais ses conclusions étaient faussées par le fixisme.


fixisme avec extinction et remplacement avec progrès
Fig. 5: représentation du monde vivant selon le fixisme avec extinction et remplacement avec progrès



II) Le voyage de Darwin

A 22 ans, Charles Darwin embarque sur le Beagle le 27 décembre 1831, bateau commandé par le capitaine FitzRoy. Au cours de ce voyage, il va étudier tout ce qui est possible d'étudier, que ce soit la paléontologie, la géologie, la botanique, la zoologie et bien d'autres encore (fig. 6).

Voyage du Beagle
Fig. 6: route prise par le Beagle


Dans son Autobiographie, Darwin caractérise ce voyage comme "déterminant pour toute ma carrière, le voyage du Beagle fut de loin l'événement le plus important de ma vie". Et pour cause, c'est au cours de ce périple que son travail de naturaliste va prendre toute son ampleur. La collecte de spécimens est riche, la description des espèces et de leurs habitudes précises, ainsi que la pertinence de ses travaux, vont faire de Darwin une célébrité en Angleterre. Avant ce voyage, Darwin ne se démarquait pas des créationnistes, mais les questions que ses observations vont engendrer ne trouveront aucunes réponses pertinentes en adéquation avec les idées à l'époque. Ces interrogations laissées en suspend, vont le pousser à remettre en question l'enseignement reçu à Cambridge, mélange de théologie et sciences naturelles.

Pendant ces 5 années, Darwin forge ses opinions :

- à partir de ses observations faites pendant ce voyage et également, à ces réflexions postérieures basées sur les tortues et les pinçons des Galápagos, il commence a douté du créationnisme et commence à penser au transformisme. Faits étranges : les tortues et poinçons présentent des caractères identiques à tous et des caractères différents selon l'île sur laquelle ils habitent. Darwin comprend alors que les différentes espèces sont issues d'une seule, ce qui ne n'est pas en accord avec la pensée créationniste.
- il s'oppose au catastrophisme et adhère à l'uniformitarisme et gradualisme de Lyell. Lyell définit les changements subis par la surface terrestre comme étant le résultat de forces agissant de manière constante et graduelle. Au contraire, le catastrophisme définit ces changements géologiques et les extinctions d'espèces étant causés par des événements catrastrophiques tel que le déluge biblique.
- il s'indigne de voir les conditions des esclaves dans certains pays visités. Il est anti-esclavage.


III) L'oeuvre de Darwin

L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle publié en 1859, bouleverse les idées reçues en paléontologie, zoologie, et même en philosophie et religion. Charles Darwin (1809 - 1882) y défini à partir d'idées préexistantes et de cheminements intellectuels qui lui sont propres, la théorie révolutionnaire de la sélection naturelle, sélection responsable de la survie ou de la mort des individus, mais également des espèces. Selon lui les organismes changent de génération en génération pour aboutir à de nouvelles espèces. Même si le terme 'évolution' n'est jamais utilisé dans cet ouvrage, sa définition et bien présente parmi ses lignes.

Il faut toutefois garder à l'esprit que bien que son livre soit une révolution, Darwin s'est lui-même beaucoup contredit, notamment sur la macroévolution et microévolution, l'influence de l'environnement, l'hérédité, les modes de spéciation….. Il s'est souvent réfuté, mais n'est ce pas là une belle preuve d'ouverture d'esprit et d'intelligence ?

Regardons les principaux apports de l'origine des espèces selon un paléontologue.

A) MAYR 1985
Paléontologue et biologiste.

Il a essayé de faire une classification des idées apportées par Darwin. Il en voit 5 principales.

- L'évolution "en tant que t'elle" (le transformisme) Bien qu'il ne soit pas le premier à en parler, Darwin structure cette idée en une théorie construite. Il a beaucoup été influencé par Lyell.

- L'ascendance commune (ou descendance commune), les branchements successifs C'est la notion d'ancêtre commun. On trouve déjà des notions d'arbres chez Cuvier et Agassiz (ontogénie). Darwin aurait été très inspiré à ce sujet par les pinçons des Galápagos. Cette idée est celle qui est acceptée le plus rapidement par les biologistes. Elle a éclairé les scientifiques travaillant sur l'ontogénie, l'anatomie comparée et l'embryologie comparée entre autres.

- Le gradualisme La nature ne fait jamais de saut. Les gradualistes sont opposés aux saltationnistes qui pensent que les changements se font brusquement, par saut important. Le gradualisme est la réponse parfaite aux critiques de la sélection naturelle.

- La multiplication des espèces Le grand nombre d'espèce posait des problèmes aux biologistes qui étaient créationnistes. Pour eux il n'y avait qu'une seule apparition au début ce qui posait problème pour les extinction trouvées par les paléontologues (voir précédemment : les théories paléontologiques).

- La sélection naturelle en elle même


B) Arguments conduisant à l'hypothèse de sélection naturelle

a) Dans chaque espèce, les organismes tendent à s'accroître en nombre selon une proportion géométrique. Thomas Malthus (1766 - 1834).
b) Il naît beaucoup plus d'individus qu'il n'en peut survivre (limitation des ressources). Thomas Malthus (1766 - 1834).
c) a+b= Les individus sont en concurrence pour la survie et la reproduction (principe de 'lutte pour l'existence' ou 'compétition'). Thomas Malthus (1766 - 1834).
d) Pour un grand nombre de caractères, il existe une variation héritable.
e) Certaines des variations sont avantageuses.
f) c+d+e = hypothèse de sélection naturelle.
g) Toute petite variation est conservée si elle est avantageuse. Darwin
h) Toute petite variation qui apparaît au cours du temps, et qui favorise les individus d'une espèce en les adaptant mieux à des conditions de vie qui auraient changé, tendra à être conservée ; la sélection naturelle aura ainsi libre champ pour son travail d'amélioration.


IV) L'après Darwin

A) Les nouvelles théories paléontologiques

Les conceptions évolutionnistes se développent très rapidement et trouvent de plus en plus d'adhérents, et ce malgré les scandales qu'elles provoquaient en s'opposant aux croyances du moment. A cette époque, des questions aussi simple que "pourquoi les poissons ont des nageoires ?", "pourquoi les oiseaux ont-ils des ailes ?" ne trouvaient qu'une seule réponse possible : " parce que Dieu leur a donné les éléments nécessaires et incontournables pour vivre dans leur milieu naturel".

Les nouvelles idées pouvaient dorénavant répondre à ses questions en se basant sur plusieurs principes :

- il existe une certaine variabilité au sein d'une espèce.
- les espèces sont fixes quand les conditions du milieu ne changent pas.
- si les conditions du milieu changent, les espèces adaptées aux nouvelles conditions survivront, les autres mourront ou partiront.

A partir de ces idées, deux clans s'opposent :

o Le Lamarckisme
Il est basé sur l'idée qu'un organe sollicité se développe, sinon il régresse. Il y a une hérédité des caractères acquis.
o Le Darwinisme
Il est basé sur l'idée de la sélection naturelle. Toutes les espèces montrent des variabilités, qu'elles soient avantageuses ou non. Il y a chez certaines espèces, une aptitude à survivre selon la variabilité naturelle. Pour Darwin, la sélection est continue (fig. 7). Au contraire, Thomas Huxley n'était pas d'accord, pour lui il y avait une discontinuité (saltationnisme, fig. 7), ainsi que pour Galton (grand statisticien, inventeur de la carte météo, du terme 'anticyclone'…).

saltationnisme et gradualisme
Fig. 7: représentation de l'évolution par saltationnisme (à gauche) et gradualisme (à droite)


B) Le problème

Le point d) des arguments conduisant à l'hypothèse de sélection naturelle ' pour un grand nombre de caractères, il existe une variation héritable' pause problème. C'est le point le plus délicat pour les biologistes car Darwin n'a pas de théorie de l'hérédité plausible, qui tienne la route pour conforter la sélection naturelle. A cette époque, l'hérédité génétique n'était pas connue, ce qui débouche sur un conflit entre deux camps, les biométriciens (Galton, Pearson….) et les mendéliens (Vries, Bateson….).

Après la mort de Darwin en 1882, les deux camps s'affrontent.

Pendant 30 ans on été biométriciens (Darwin) ou mendéliens. Il faut attendre les années 1930 pour que ce conflit aboutisse à une réunification des deux camps, et ce, grâce à la génétique des populations. Le regroupement a lieu lorsque le phénomène de l'hérédité est compris par la génétique, ce qui conduit à la naissance de la synthèse néo-darwinienne. A partir de ce moment, l'existence de la sélection naturelle n'est plus critiquée.


C) La synthèse néo-darwinienne

- les populations sont génétiquement polymorphes et la variation génétique est créée par mutation et recombinaison aléatoires.
- les populations évoluent par changement des fréquences géniques sous l'effet de la dérive génétique, des flux de gènes et de la sélection naturelle.
- la plupart des variations génétiques adaptatives ont des effets phénotypiques limités conduisant à des changements évolutifs graduels.
- la diversification du vivant est obtenue par spéciation provenant d'isolements reproductifs entre populations.


Conclusions

Bien entendu, Darwin ne fut pas le seul à travailler dans l'élaboration de la synthèse néo-darwinienne, mais il fut un élément clé. Ses études, ses travaux, ses observations, mais également ses remises en question, la remise en question de ce qui était considéré comme acquis ont bouleversé le système de raisonnement. Darwin lui-même défini admirablement bien l'ensemble de son œuvre dans son autobiographie, dans laquelle il écrit : "Ainsi, mon succès comme homme de science, quelle qu'en ait été l'ampleur, tient, autant que je puisse en juger, à tout un ensemble complexe de qualités et de conditions diverses, parmi lesquelles - et ce sont les plus importantes - l'amour de la science, ma patience sans bornes à réfléchir longuement sur un sujet donné, mon activité d'observation et de récolte de faits, enfin une bonne dose d'invention autant que de bon sens. Etant donné la médiocrité de mes capacités (Darwin ne fut pas toujours un bon élève, il se qualifie lui-même de 'médiocre') , il est vraiment surprenant que j'aie influencé aussi considérablement l'opinion des hommes de science sur quelques points important".

Pour terminer ce sujet, il faut bien garder à l'esprit que ces principes qui viennent d'être de résumé ne s'appliquent pas qu'à la paléontologie mais en général, au monde du vivant qu'il soit passé ou actuel.


Dossier SagaScience du CNRS sur l'origine de la vie aux origines de l'Homme : "L'Evolution" ici !
Liens vers des sites présentant l'Evolution, Darwin ici !
Les fossiles momifiés du Massif du Coiron en Ardèche

Bernard Riou


Le Massif du Coiron correspond aujourd'hui à un plateau basaltique qui s'étend entre Privas, Villeneuve de Berg et Rochemaure. Son plus haut point, la montagne de Blandine, culmine à 1010 mètres, et son altitude moyenne se situe à environ 700 mètres.


La formation du Coiron et de la Diatomite

Il y a près de 8 millions d'années à l'emplacement actuel du massif du Coiron en Ardèche, une intense activité volcanique commença à se manifester. Sur des terrains d'origine sédimentaire, des colonnes de lave se sont introduites par des fissures et sont entrées en contact avec des nappes phréatiques. D'importantes explosions se sont produites formant des cratère de type "maar". Dans ces lacs de cratère et grâce à ce contexte volcanique se sont constitués des milieux riches en silice où se sont développées des milliards de minuscules algues : les diatomées. Les squelettes de ces algues ont formé d'importants dépôts volcano-sédimentaires. La diatomite est une roche siliceuse résultant de l'accumulation au cours du temps de squelettes d'algues.


Une roche, La Diatomite

La diatomite est aussi appelée terre à diatomées, et se caractérise par sa légèreté et sa composition, essentiellement de la silice, sous la forme hydratée d'opale. C'est une roche blanche, très légère (densité inférieur à 1, qui peut flotter), friable, poreuse, insoluble et présentant une inertie chimique. La France est actuellement le deuxième producteur mondial de cette matière après les Etats-Unis. Le gisement exploité le plus important d'Europe se localise en Ardèche. Des applications très diversifiées : la filtration (bière, vin, eau, huiles alimentaires, antibiotiques, vernis,...), les charges minérales, les isolants, les abrasifs.


Les conditions de fossilisation et les fossiles découverts

Dans la diatomite, les fossiles sont préservés à l'état de momies, il s'agit d'une fossilisation exceptionnelle, on recense seulement 7 milieux de momification naturelle ; l'ambre jaune (résine fossile), la glace, la tourbe, le bitume, le sel, l'ozocérite (paraffine naturelle) et la diatomite. Parmi les spécimens les plus spectaculaires découverts par Bernard Riou dans ces diatomites de l'Ardèche, on note une femelle Hipparion (ancêtre du cheval) conservée avec son foetus, des rats sauteurs, lièvres siffleurs, deux ancêtres des sangliers mesurant 1m70 de longueur et pesant près de 300kg... A découvrir aussi des poissons, batraciens, reptiles, un oiseau, de très nombreux insectes ainsi qu'une flore tout à fait remarquable : feuilles de chêne, vigne, tilleul, châtaigniers... et la plus ancienne châtaigne! Ces fossiles permettent une reconstitution précise de l'environnement et témoignent d'un climat subtropical en Ardèche au Miocène supérieur.


Musée de Paléontologie de La Voulte-sur-Rhône
4 quai Anatole France
07800 La Voulte-sur-Rhône
Tel : 04-75-62-44-94




Lièvre siffleur

Lièvre siffleur


Batracien fossile

Batracien


Hipparion (ancêtre du cheval)

Femelle Hipparion (ancêtre du cheval) conservée avec son foetus




Ancêtres des sangliers mesurant 1m70 de longueur et pesant près de 300kg
La mine de Trepca, son histoire, sa géologie et ses minéraux

Jean Féraud - BRGM

La mine de Trepča (prononcez Trepcha) a fourni aux musées et aux collectionneurs du monde entier des spécimens exceptionnels de divers minéraux, notamment vivianite, ludlamite, jamesonite, cosalite, pyrrhotite, arsénopyrite, dolomite, et plus communément de très belles blendes marmatites. C’est un géant qui pèse 60 millions de tonnes de minerai contenant 5 millions de tonnes de plomb et zinc métal. Le triste sort qui frappe ce gisement célèbre, depuis 1990 et la guerre du Kosovo, justifie largement de lui accorder une page Internet. Il est administrativement situé en Serbie mais le statut du Kosovo est (on le sait) en grande discussion ; en attendant, la mine est gérée par l’ONU. La production de Trepca vient de redémarrer. Une équipe de 9 volontaires français comprenant 4 membres de Geopolis vient de rendre visite au Directoire de la mine afin d’aider son célèbre musée à regagner le rang international qu’il mérite.

Affleurement de serpentines Affleurement de serpentines Bassin tertiaire de la vallée de l’Ibar vers Trepca Bassin tertiaire de la vallée de l’Ibar


Un peu d'Histoire

Un peu d'histoire est nécessaire pour comprendre l'imbroglio éthno-politico-économique qui entoure la mine ; on s'interdira pourtant (provisoirement) de donner trop de foi aux différents sites Internet passionnés qui prolifèrent, tant chaque élément cité sans grande vérification peut devenir une pièce du puzzle revendicatif, manipulée par chaque partie à son profit, à tort ou à raison. Cette Histoire de la mine et de sa région est pourtant passionnante.

L'exploitation d'or et d'argent par les Romains est attestée par des textes et par des tas volumineux de scories pour de nombreux gisements dans les Balkans, tant au Nord-Ouest de Trepca (Srebrenica) qu'au Nord (Rudnik, Socanica) et au Sud (Gracanica). Par la suite, la région de Trepca subit des influences ethniques, colonisatrices et/ou politiques successives diverses, notamment des courants de populations byzantines, bulgares, serbes, turques et albanaises qui expliquent les mélanges de cultures, les revanches à prendre, et font (un peu) comprendre l'imbroglio actuel.

Le Moyen Âge


Pour Trepča, la première phase d'extraction attestée à ce jour est médiévale (pour argent, plomb et fer) ; elle démarre en 1303 et l'activité est intense. Cette productivité répond aux besoins des seigneurs successifs et du suzerain serbe, pour leurs activités de guerre ; c'est elle qui finance la construction de forteresses le long de la vallée de l'Ibar contre la menace ottomane. Il semble que la mine a employé des chefs mineurs saxons. Le 15 juin 1389 se produit à une douzaine de kilomètres au sud de Trepca la fameuse bataille du Champ des Merles : l'armée serbe est écrasée par les Turcs dans la plaine de Kosovo. Mais les historiens ne notent pas d'interruption dans la production de la mine, car il semble d'abord qu'une sorte de protectorat ottoman s'établit, et que la seigneurie dont dépend la mine (Shala e Bajgorës) conserve une certaine indépendance (on sait qu'un contrôleur des mines turc s'installe à la mine de Gluhavica près de Novi Pazar). Les superviseurs turcs s'en prennent aux représentants des propriétaires de la mine et s'efforcent d'empêcher les exportations d'argent. L'extraction est d'abord désorganisée suite à la gestion anarchique et à la fuite de la main d'œuvre qualifiée ; mais elle est remarquablement reprise en main par l'administration ottomane à partir de 1455, date de la conquête totale des Turcs sur les dernières provinces restées indépendantes. Ils améliorent le code minier serbe et exploitent activement Trepca et les autres mines pour alimenter leurs fabriques de monnaie et leurs arsenaux, jusqu'en 1685. Cette année-là marque le début d'une récession complète dans les mines des Balkans, paralysant rapidement aussi les fameuses mines d'or, argent et plomb de Novo Brdo.

Selection Trust

Trepča ne refait parler d’elle qu’en 1925 avec le lancement d’une campagne de prospection par la compagnie britannique Selection Trust qui identifie le formidable potentiel du gisement et qui crée en 1927 à Londres une filiale « Trepca Mines Limited » ; celle-ci ouvre en 1930 la mine de « Stan Terg », sur le site de l’ancienne exploitation médiévale à ciel ouvert. Ce nom est une déformation phonétique, par les bergers Kosovars, du toponyme Stari Trg qui signifie « vieille place », « ancien marché ». Le géologue Friedrich Schumacher rectifiera le nom dans son mémoire de 1950.
La mine atteint rapidement une cadence d'extraction de 600 à 700 000 t/an. De 1930 à 1940, elle fournit 5,7 Mt de tout venant produisant dans l'usine de flottation sur place 625 000 t de concentrés de plomb, 685 000 t de concentrés de zinc, 444 000 t de concentrés de pyrite et un concentré mixte de cuivre et plomb. Une fonderie de plomb est établie à Zvecan en 1940. Pendant la guerre, Trepca est exploitée par un société appartenant à Goering lui-même et elle alimente notamment les U-Boote en batteries ! Après la guerre, l'ensemble mine-fonderie est nationalisé par Tito.

Rudarsko Metalurški Hemijski Kombinat Olova i Cinka Trepca

Le Combinat Minier, Métallurgique et Chimique de Plomb et Zinc de Trepca va alors devenir l'un des plus importants complexes miniers des Balkans et il regroupe différentes mines : au Nord (dans les Monts Kopaonik) Crnac et Belo Brdo (dont le minerai est traité à la laverie de Leposavic), Koporic et Zuta Prlina qui sont en exploration ; au centre, Stari Trg et la laverie de Tuneli i Pare ; au Sud et Sud-Est (vers Pristina) Artana-Novo Brdo, Hajvalija, Kisnica-Badovac avec la laverie de Gracanica. L'ensemble a produit le chiffre astronomique de 60,5 millions de tonnes de minerai tout-venant à plus de 8 % Pb+Zn, dont la moitié rien qu'à Trepca. C'est un des plus grands districts Pb-Zn d'Europe, avec un tonnage métal produit de près de 3 Mt de plomb et 2 Mt de zinc. On estime sa production d'argent à plus de 4500 t. Ses réserves géologiques sont aujourd'hui considérables, même si les chiffres avancés naguère sous économie dirigée doivent être aujourd'hui repassés au crible des critères de rentabilité et de l'économie de marché.

Action de la mine de Trepca Action de la mine de Trepca


L'effondrement

Ce combinat qui employait 20 000 personnes et produisait 70 % des revenus de l'industrie minérale de toute la Yougoslavie (Slovénie donc incluse) s'est progressivement effrité ces quinze dernières années, d'abord par vieillissement des installations, défaut de maintenance, manque de réparations et de réinvestissement, absence de contrôle de la production et des teneurs, vols de matériel voire d'installations. Des tentatives de privatisation restèrent sans grande suite. La chute s'est accentuée à partir de 1990 avec l'abrogation par Belgrade de l'autonomie du Kosovo, la tension politico-éthnique croissante et le départ des travailleurs d'origine albanaise. Pendant la guerre du Kosovo qui suivit 1998, Trepca et Kosovska-Mitrovica où la population était très mélangée ont été parmi les enjeux les plus âprement disputés ; le bruit a même couru que des centaines de cadavres kosovars auraient été grillés dans le four de la fonderie de plomb (mais les enquêtes de la police française n'ont trouvé aucune preuve).
L'arrivée de la KFOR et la séparation des belligérants en juin 1999 ont conduit à un éclatement du combinat. Les mines du Nord restent exploitées par les Serbes. Celles du Sud qui avaient été noyées ont été reprises en main par les travailleurs d'origine albanaise mais ils n'ont pu encore les remettre en production. Au centre, la KFOR avait d'abord encouragé la reprise de la production de Trepca et de Mitrovica. Mais une évaluation environnementale franco-danoise des sites révéla une telle accumulation de substances polluantes au niveau des fonderies que l'administrateur civil Bernard Kouchner ordonna la suspension immédiate des opérations en août 2000. Désormais Trepca est en grande partie noyée et ses deux fonderies, arrêtées, sont dans un triste état. Les revendications sur la propriété juridique de la mine fusent de tous côtés, jusqu'aux britanniques qui réclameraient une indemnisation de leur nationalisation par Tito.
Comble du destin, le 18 septembre 1999, le musée minéralogique de la mine où s'étaient accumulés depuis 1966 des trésors jalousement gardés, a été pillé par des voleurs profitant de la confusion. Nul doute que (comme pour le musée archéologique de Bagdad) les pièces volées ne soient disparues à jamais dans les caves de commanditaires privés sans scrupule. Dans une dépêche, le professeur Milan Jaksic de l'Ecole des Mines sur place a signalé que le plus inestimable spécimen de vivianite du musée avait disparu, de même que plus de 1500 des cristaux collectés dans la mine depuis 1927, et 150 spécimens qui avaient été donnés par 30 pays du monde entier (Puisse chaque musée du monde être en alerte contre toute tentative de revente par les receleurs... sous réserve de vérification de l'information).
Au passage hélas, les petits collectionneurs apprécieront… eux qui se souviennent de la surveillance policière qui entourait la mine dans les années 70 et qui jetait une chape de "plomb" (c'est le cas de dire) sur presque toute possibilité de sortir le moindre spécimen un peu chouette du carreau, et encore plus sur l'achat de minéraux dans le village !
Heureusement, la direction de la mine nous a fait savoir fin 2004 que les collections du musée ont pu être préservées.
Des espoirs de reprise de la mine sont maintenant permis. La mission des Nations Unies au Kosovo (MINUK, en anglais UNMIK)) qui gère provisoirement cette province, a lancé avec l'approbation de toutes les parties un important programme d'évaluation technique et économique d'une reprise de l'exploitation des divers sites industriels du combinat. Ce programme a été confié en août 2000 au consortium ITT (Interim Team for Trepca) qui comprend les américains Morrison & Knudsen-Washington Group, Boliden Contech, et TEC Ingénierie, société française du groupe Eramet.

Blende marmatite avec cristaux de 3 cm Blende marmatite
cristaux de 3 cm d’arête
Blende, Rhodochrosite, Arsenopyrite et Calcite Blende, Rhodochrosite, Arsenopyrite et Calcite



Pseudomorphose pyrrhotite-marcasite, calcite Pseudomorphose pyrrhotite-marcasite, calcite Plumosite, rhodochrosite, calcite, arsenopyrite Plumosite, rhodochrosite, calcite, arsenopyrite


Géologie

La géologie de la mine est très originale. Elle pourrait ne pas avoir encore livré tous ses secrets, d’autant que depuis les études du géologue de Selection Trust Charles B. Forgan (reprises par Friedrich Schumacher en 1950), extraordinairement fines pour l’époque, il n’a été vraiment « publié » jusqu’ici aucune monographie très illustrée et bien documentée sur ce monstre géologique. Pourtant, dans l’intervalle, l’enracinement vertical reconnu du gisement a doublé ! Toutes les publications parues sont soit des synthèses interprétatives de la métallogenèse du gisement ou de celle de la zone du Vardar (S. Jankovič), soit des guides ou des comptes-rendus sommaires de visite de congrès, soit des publications pointues mais portant sur un point particulier, comme les datations stratigraphiques de Kandic et coll. (1973) interprétées de façon hardie par Ivo Strucl (1981). Heureusement, le rideau de fer étant tombé, des publications très détaillées, de haut niveau, richement illustrées de blocs diagrammes et de coupes de la mine (avec l’échelle !) voient désormais le jour grâce aux jeunes géologues Kosovars. On peut y saluer, comme brillante tête de pont, la thèse de doctorat de Gani Maliqi, 2001) qui apporte des idées neuves quant à la situation géodynamique des amas sulfurés.

Un piège pour 60 Mt de minerai

Au sein de la chaîne alpine des Dinarides, la mine est située dans la zone du Vardar, une nappe de terrains plissés, écaillés et charriés qui comprend un socle d'âge primaire, une couverture sédimentaire jurassique et des ophiolites crétacées charriées, intrudée au Tertiaire par des magmas post-tectoniques (granodiorite et laves dacitiques et andésitiques). Le gisement est interstratifié sous forme d'un manto et de skarns dans une pile sédimentaire de terrains paléozoïques (la Série de Stari Trg), sous une épaisse couche (ignimbrite ?) de tufs volcaniques tertiaires. Plus précisément, dans la Série de Stari Trg, les amas minéralisés sont situés à l'interface entre (à la base) d'épais calcaires marmorisés et (au sommet) des schistes épais : contact stratigraphique qui est occupé de place en place par une couche de quartzites d'une dizaine de mètres, boudinée, qui s'intercale sporadiquement. Ce contact est ployé en une charnière anticlinale dont l'axe NW-SE plonge de 40° vers le NW. La structure se complique quand on ajoute qu'il se trouve qu'une cheminée volcanique (brèche d'explosion de section ovale de 100 x 200 m avec au cœur un pipe de trachyte ou de dacite) s'est intrudée tout le long de la crête de cette charnière anticlinale, au contact précisément des schistes et du calcaire. C'est elle qui (fondamentalement) contrôle la présence de la minéralisation. Le minerai s'est insinué seulement ou presque dans l'interface schiste/calcaire, de part et d'autre du " pipe " volcanique. Il atteint 30 à 60 m d'épaisseur en moyenne. Il y a aussi quelques corps minéralisés discordants. Il y a aussi au voisinage de la mine de plus petits prospects du même type que Stari Trg. (voilà, c'est dit et pourtant on simplifie beaucoup).
La montée de la granodiorite miocène des Monts Kopaonik au voisinage n'a certainement pas été sans influence métallogénique aussi. C'est le magma qui est responsable de la formation des skarns à grenat, pyroxène, amphibole et magnétite dans les corps minéralisés, et de la présence de filons de dacite ou dolérite dans les roches encaissantes. Dans celles-ci, l'hydrothermalisme minéralisateur s'est accompagné de propylitisation-séricitisation, silicification, carbonatation et d'un développement de pyrite et kaolinite.


Coupe géologique de la mine de Trepca



La genèse du géant est simple !

Les scientifiques rangent le gisement dans le type hydrothermal (méso- à épi-) pour la plus grande partie, et métasomatique localement (pour la partie skarn). A la suite d'analyses isotopiques, ils accordent une grande influence à des intumescences thermiques et structurales liées à une fusion au niveau de la base de la croûte et du manteau supérieur. Néanmoins, le dépôt du minerai survînt au stade subvolcanique et à faible profondeur. Son âge est miocène.
Le collectionneur se réjouit que, à l'époque alpine, des eaux se soient infiltrées dans les terrains, puis réchauffées et chargées de métaux au contact des venues magmatiques et des fluides qui montaient de la zone de fusion des plaques en profondeur. Ces eaux étaient ensuite bloquées dans leur remontée par le toit imperméable des épais schistes. Grâce à leur température et à leurs propriétés chimiques agressives, elles ont alors creusé par simple dissolution, dans les calcaires sous ce toit faisant écran, de vastes cavités. La cristallisation fractionnée des éléments en solution a tapissé ces cavités de concrétions au fur et à mesure et, si un vide résiduel le permettait, de cristaux gigantesques. De ce point de vue, la classification gîtologique de Trepca telle qu'elle est indiquée dans les bases de données sur Internet n'est pas complète : il faudrait aussi parler de " karst " (même si ce fut à chaud) et de " gisement sous inconformité ".
Avons nous ainsi fait le tour de la formation du géant Trepca ? Non. Nous avons déterminé les conditions de "dépôt" du minerai (dissolution de cavités karstiques remplies au fur et à mesure par des solutions chaudes utilisant le piège hydrogéologique idéal local ; skarn contrôlé par une cheminée volcanique). Nous avons défini les "conditions de transport" des substances minérales (solutions hydrothermales circulant dans un système de tuyauterie complexe). Mais pour la "source des éléments" (qui est le point de départ de l'histoire) nous avons indiqué un origine vague : le magma. Dans la mesure où il s'est usuellement formé, dans les chaînes ophiolitiques de ce type, des amas sulfurés volcanosédimentaires, peut-être y en a t'il un en profondeur, qui expliquerait l'origine de cette concentration en métaux exceptionnelle ? Espérons que les experts des universités venus travailler sur la région sauront répondre dans un proche avenir aux points obscurs qui subsistent !

Et si… ?

Ce serait trop simple de passer sous silence qu'en fait de polarité des terrains, on ne sait pas trop si les calcaires sont antérieurs aux schistes ou si c'est le contraire. En effet, on a toujours pensé que la Série sédimentaire de Stari Trg était d'âge Silurien-Ordovicien mais les géologues yougoslaves y ont trouvé des Conodontes fossiles (Aleksandar Topalovic, comm. orale à la mine, 1973) qui suggèrent qu'une partie des calcaires pourrait être du Trias, donc que le supposé dessous serait le dessus de la pile stratigraphique ! Comment s'y retrouver dans cette zone d'affrontement torturée entre la plaque africaine et la plaque eurasienne ? Au lieu d'anticlinal, les puristes parleront donc prudemment d'antiforme. Et les amateurs de métallogénie globale rêveront à la suite d'Ivo Strucl en se disant que, si les calcaires sont triasiques, alors Trepca est un jalon (à quelques variantes près, notamment le rôle des magmas tertiaires) des mêmes processus minéralisateurs qui ont donné naissance tout le long des Alpes aux gisements stratiformes de Mezica, Raibl, Salafossa, La Plagne, Largentière, Les Malines etc. (là on rêve éveillé mais c'est bien le rêve qui fait avancer la science).

A l'oreille des collectionneurs, on "instillera" aussi qu'à ce jour aucune des stalactites de carbonates minéralisées en sulfures trouvées à Trepca n'a présenté de canalicule axial pour l'écoulement des gouttes qui perlent usuellement au plafond des cavités, ce qui indique que le karst était totalement noyé et que les géodes n'ont pas été tapissées à l'air libre par les sulfures, mais sous tranche d'eau (plus ou moins chargée en sels minéraux). Donc, informez nous svp si vous trouvez un compte gouttes dans votre échantillon ! Car ce serait un scoop.

Sphalerite: 5 cm diam, calcite, dolomie / trepca Sphalerite: 5 cm diam, calcite, dolomie Minéraux de la mine de Trepca Galene, sphalerite (1 cm), arsenopyrite,
rhodochrosite, calcite et pyrite



Marmatite en mâcle du spinelle Marmatite 7 cm (mâcle du spinelle) Arsenopyrite, calcite xx 3 cm Arsenopyrite, calcite 3 cm


Minéralogie

Le site Internet Mindat.org a listé 30 espèces valides. Les publications spécialisées (en serbo-croate) compilées dans Féraud et Mari (1979) indiquent aussi, outre les minéraux d’oxydation classiques omniprésents, quelques autres espèces remarquables. On décompte ainsi plus de 60 minéraux à ce jour (par ordre alphabétique) :

Actinolite
Anglésite
Ankérite
Aragonite
Arsénopyrite
Barytine
Bismuth natif
Bornite
Boulangérite (dont la var. plumosite)
Bournonite
Calcédoine
Calcite (dont la var. manganocalcite)
Cérusite
Chalcanthite
Chalcophanite
Chalcopyrite
Childrénite
Chlorite
Coronadite
Cosalite
Covellite
Crandallite
Cubanite
Diopside
Dolomite
Enargite
Epidote
Falkmanite
Galène
Grenats
Gypse
Hédenbergite
Hématite
Illite
Ilvaïte
Jamesonite (dont la var. plumosite)
Limonite
Löllingite
Ludlamite
Magnétite
Marcasite
Mélantérite
Melnikovite
Or natif
Psilomélane
Pyrargyrite
Pyrite
Pyrrhotite
Quartz
Rhodochrosite (dont la var. riche en fer oligonite)
Scheelite
Sidérite
Smithsonite
Soufre natif
Sphalérite (var. marmatite)
Stannite
Stibine
Struvite
Tennantite
Tétraédrite
Vallériite
Vivianite
Wollastonite

Au point de vue muséologique, plusieurs de ces minéraux sont de qualité exceptionnelle. La blende marmatite, noire, est le plus souvent en octaèdres, avec des faces striées et parfois la macle du spinelle. Les cristaux peuvent atteindre 7 voire 10 cm de diamètre, mais la moyenne ne dépasse pas 2 à 3 cm. Ils sont généralement associés à la cristallisation de calcite. Une étude récente par des chercheurs slovènes et allemand a montré que les plans de macle [111] de cette blende sont appauvris en S et enrichis en O, Mn, Fe et Cu. La saturation en cuivre provoque la formation de minuscules cristaux de chalcopyrite dans ce plan. La pyrrhotite est remarquable par ses formes en rosettes atteignant 16 cm de diamètre, surtout si elle n'est pas pseudomorphosée en pyrite-marcasite. Assez rarement elle est pseudomorphosée en galène. La galène en cubes et octaèdres atteignant 5 cm d'arête se rencontre avec un habitus typique, comportant souvent des faces et des arêtes corrodées et des structures d'accroissement concentriques évoquant un début de fusion (" galène coulante " des auteurs germanophones). L'arsénopyrite forme souvent de très beaux cristaux à allure tabulaire, ou au contraire des prismes courts à faces [012] losangiques aplaties ; les cristaux atteignent 5 cm, mais la plupart des collectionneurs se contentent de quelques millimètres ! La vivianite n'a pas les dimensions des cristaux du Cameroun mais elle forme des prismes aplatis allant jusqu'à 7 et même une douzaine de centimètres de haut et 2 cm d'épaisseur. Elle est d'un vert très profond. La ludlamite, vert pomme, plus rare, est encore plus recherchée. La boulangérite se présente en masses duveteuses de fins cristaux enchevêtrés désignées sous le nom de plumosite ; certaines aiguilles atteignent 30 cm de long. La jamesonite est plus rare mais le musée de la mine en présentait un spécimen où les cristaux atteignaient 4 cm de long et 1,5 cm de diamètre. La chalcopyrite et la pyrite sont plus banales.
Ce sont les combinaisons des sulfures, à éclat métallique, avec les cristaux lustrés ou nacrés de quartz, dolomite et calcite, et ceux roses de rhodochrosite, qui confèrent aux pièces venant de Trepca toute leur magie pour les collectionneurs. La dolomite forme parfois de beaux rhomboèdres de plusieurs kilos et de 10 cm d'arête, associés à des aiguilles de quartz. Les prismes de quartz (blanc à hyalin) sont parfois en sceptre et atteignent 7 cm de long.
De temps en temps, les chercheurs trouvent des espèces nouvelles pour Trepca ; en 1995 ce fut le tour d'un phosphate très rare au monde, la childrénite (accompagnée de son minéral d'altération la crandallite). Le minéral forme des cristaux biterminés isolés ayant jusqu'à un centimètre de long, dans des aggrégats géodiques associés aux carbonates de fer et de manganèse. Il est jaune pâle, blanc sans éclat dans l'axe et plus transparent et brun sur les bords. La présence d'inclusions de boulangérite dans la childrénite suggère que cette dernière s'est formée dans des conditions hydrothermales de basse température.

Quartz et calcite, mine de trepca Quartz et calcite 15cm Blende marmatite, galene coulante, rhodochrosite, Serbie, ex-Yougoslavie Blende marmatite (cristaux de un à deux cm), galène coulante, rhodochrosite



Blende marmatite, galene coulante, rhodochrosite, trepca Blende marmatite (cristaux de un à deux cm), galène coulante, rhodochrosite Blende marmatite, galene coulante, rhodochrosite Blende marmatite, galène coulante, rhodochrosite


Exploitation

A partir de l’open pit médiéval à la cote 935, l’exploitation s’est approfondie en souterrain par la méthode des chambres remblayées. Elle atteint actuellement la cote +15 m au-dessus du niveau de la mer. L’accès des chantiers s’est fait par quelques travers bancs à la partie sommitale du gisement (cotes 865, 830, 795 et 760), puis, pour exploiter l’aval-pendage, on a creusé un puits vertical qui dessert les autres niveaux successifs (11 niveaux au total). L’extension verticale totale de la mine est de 800 m. Du puits à la cote 605 part un travers-bancs d’écoulement de 2,5 km de long vers le SW. A chaque niveau les chambres d’exploitation de développent en allongement horizontal de part et d’autre de la zone d’intersection de la cheminée volcanique, suivant les deux flancs de l’antiforme, sur une distance totale de 500 m environ vers le NE et 400 m environ vers le Sud. Chaque chambre a de l’ordre de 70 m de large et 100 m de long.

Traitement, production

La production totale de Trepča de 1931 à 1998 est estimée à 34 350 000 t de tout-venant à des teneurs de 6 % Pb, 4 % Zn, 75 g/t Ag et 102 g/t Bi. Les concentrés de plomb étaient dirigés sur la fonderie de plomb de Zvecan (capacité 80 000 t/an), ceux de zinc sur la fonderie de zinc de Mitrovica (capacité 50 000 t/an) ; il y avait aussi une unité de production d’engrais utilisant l’acide sulfurique sous-produit de l’hydrométallurgie, et des ateliers de montage et de recyclage de batteries. En 2005, la mine a fini d’être dénoyée et l’extraction vient de redémarrer. Le minerai est concentré comme auparavant dans la laverie (flottation) de Prvi Tunel (Tuneli Pare) dont la capacité est de 760 000 t/an.
Le tonnage métal produit a été de 2 066 000 t de plomb, 1 371 000 t de zinc, 2569 t d'argent et 4115 t de bismuth. La production d'or est évaluée à 8,7 t de 1950 à 1985 soit une moyenne de 250 kg/an ; celle de cadmium à 1655 t de 1968 à 1987. On a signalé aussi que des traces de germanium, gallium, indium, thallium, sélénium et tellure sont présentes dans le tout-venant, qui sont valorisées au niveau fonderies.

Et maintenant ?

La reprise que tout le monde espère doit passer par les préalables de mettre en place des procédés et procédures efficaces pour prévenir toute pollution nouvelle, et attirer des investisseurs privés. Le programme de mise à niveau des installations sera coûteux. On a renoncé provisoirement à relancer les fonderies ; la mine désormais produit seulement des concentrés, qui seront vendus à des fondeurs à l’étranger. Tout réside dans le prix qu’on parviendra à négocier tant pour le plomb-zinc-argent que pour les fameux petits métaux rares contenus, qui sont la cerise sur le « gâteau Trepca ». C’est une véritable aventure industrielle qui redémarre sous nos yeux, c’est impressionnant à voir. Pour la mine de Trepča il semble (d’après les premiers calculs publiés) que les ressources restant en profondeur valent la peine. Le rapport ITT/UNMIK 2001 conclut que les réserves des catégories A+B+C1/C2 se monteraient à un peu plus de 29 000 000 t de minerai tout-venant à des teneurs variant (suivant les panneaux considérés) de 3,40 à 3,45 % Pb, 2,23 à 2,36 % Zn et 74 à 81 g/t Ag, soit en métal environ 999 000 t Pb, 670 000 t Zn et 2200 t Ag. Ceci alimenterait encore une cinquantaine d’années d’extraction si les coûts opératoires et le marché le permettent ! Ce sera plus bref si la nouvelle compagnie fait de l’abattage sélectif, mais « on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs ». L’enjeu du sauvetage du « géant Trepča » est mobilisateur : revitaliser toute cette région, lui redonner emplois, espoir et fierté.
Naturellement, les collectionneurs apprécieraient une reprise rapide de l'extraction !


Un point sur la situation du musée des minéraux de Trepča (Kosovo) ici !


Nos remerciements à Etienne Guillou pour la reprise de l'article.
www.spathfluor.com



Minéral de l'ex-Yougoslavie Quartz et calcite 15cm Minéral de Serbie Blende marmatite (cristaux de un à deux cm), galène coulante, rhodochrosite



Blende marmatite, galene coulante, rhodochrosite ex-Yougoslavie Blende marmatite (xx de un à deux cm), galène coulante, rhodochrosite" Mine de Trepca : Blende marmatite, galene coulante, rhodochrosite Blende marmatite, galène coulante, rhodochrosite


Géode à minéraux dans un skarn

Amas de pyrite, sphalérite (marmatite), pyrrhotite

Stibine (Stibnite)



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Mine de Trepča

Trepča

Les Mines de Potasse d'Alsace au fil du temps

Gérard GRUNENWALD

En 1904, le trépan d'une sondeuse perfora une couche de potasse à 625 mètres de profondeur dans la plaine d'Alsace à l'Ouest de Mulhouse. La présence de sel gemme dans le sous-sol de la région avait été signalée dès 1869, au cours d'un sondage effectué par Gustave Dollfus (l'industriel mulhousien bien connu) dans sa propriété de Dornach. Ce sondage fut poussé à une profondeur de 246 mètres et le sel gemme fut rencontré, en couches minces, dans les argiles gypseuses salifères de l'oligocène inférieur, mais on n'avait pas décelé la présence de sels de potassium. Ceux-ci seront découverts trente-cinq ans plus tard.


GÉOLOGIE
Le bassin potassique est compris dans une dépression limitée au Sud par le Jura, à l'Est par la Forêt Noire (Vosges et Forêt Noire formaient un seul massif à l'ère primaire), à l'Ouest par les Vosges, avec deux barres, l'une dans la région du Sundgau, l'autre vers le Nord de la vallée du Rhin. Le fond de ce bassin fut recouvert peu à peu par les dépôts d'eau douce de l'éocène. Une dépression qui s'est trouvée entre les Vosges et la forêt de la Hard, dans la région de Phalsbourg, a livré passage à un bras de la mer oligocène qui couvrait alors la Belgique et une partie de la France. Notre vallée, mise en communication avec la mer par un chenal étroit, peu profond et parfois barré, est devenue ainsi un réservoir d'évaporation de l'eau salée.
Il semble que la cristallisation des bancs de sel ait été interrompue à divers intervalles par des change-ments de niveau du sol, dont serait résulté un régime alternatif de lagunes d'eau douce et de marais salants qui ont abandonné des dépôts caractéristiques. Puis survint un nouvel affaissement suivi d'une irruption considérable d'eau de mer, déposant des sédimentations salines dont la formation fut favorisée par la température d'un climat tropical. Pendant cette période, l'afflux marin remit en dissolution les parties les plus solubles, tels que les chlorures de potassium et de magnésium, le sulfate de magnésium, les borates, les bromures, les iodures et les lithinés.
Une nouvelle communication avec la pleine mer se rétablit et les sels les plus solubles furent en partie redissous. Il se produisit alors un mélange de sel marin (NaCl) et de sylvine (KCl) dont l'association constitua la sylvinite, déposée sur une épaisseur considérable, c'est-à-dire la couche inférieure du gisement. Au-dessus de ce banc de sel, dont la formation dura environ 160 ans, vint se déposer une couche de vase protégeant les parties inférieures contre une nouvelle dissolution. Le même ordre de phénomènes a dû se produire encore une autre fois, car il se forma en l'espace d'une trentaine d'années une seconde nappe de potasse (la couche supérieure) séparée de la première par un intervalle d'une vingtaine de mètres. Enfin, il se déposa une couche puissante de sel gemme, recouverte peu à peu de dépôts insolubles, jusqu'à ce que l'affaissement de la vallée du Rhin ouvrît l'accès à la mer de l'Allemagne du Nord. A partir de cette période, il n'y eut plus de cristallisation, mais des masses d'eau considérables amenèrent des sédiments de sables et d'argiles jusqu'à la fin du tertiaire. La sédimentation est devenue peu à peu lacustre. Au quaternaire, des cailloutis, marnes, grès déposés par les cours d'eau d'origine vosgienne ont apporté la dernière touche au modelé du bassin.


DÉCOUVERTE
En 1904, Joseph Vogt dirigeait une fonderie spécialisée dans la fabrication de matériel de sondage, dont le siège se trouvait à Oberbruck, près de Masevaux. Au cours de ses travaux, il parvint à perfectionner son matériel et à apporter, par ses inventions, de profondes améliorations aux anciens procédés. Des recherches faites en commun le lièrent à Jean-Baptiste Grisez, brasseur à la Chapelle-sous-Rougemont, dans le territoire de Belfort, et passionné par la "baguette magique". Il s'était notamment spécialisé dans les recherches d'eau et avait acquis une certaine dextérité dans la prospection des richesses minérales. Tous deux, ayant remarqué dans la région de Bourbach, lors du creusement d'un petit puits dans un terrain appartenant à Joseph Vogt, la présence de terre noire qui laissait supposer des affleurements charbonniers, furent convaincus de la présence d'un gisement "de houille dans la plaine du Rhin à quelque 600 ou 700 mètres; d'où l'idée d'effectuer une série de sondages dans la plaine de l'Ochsenfeld. De son côté, Amélie Zürcher avait depuis de longues années le sentiment que le sous-sol des propriétés qu'elle exploitait avec son frère Albert renfermait d'importantes richesses minérales et elle avait le vif désir d'entreprendre des recherches souterraines.
Amélie Zürcher, femme de caractère, se consacrait à son frère, grand blessé de la guerre de 1870, et exploitait avec lui la ferme de Lützelhof. La terrible sécheresse de 1893 plaça Amélie et Albert devant de grandes difficultés financières pour arriver à nourrir, voire à conserver les cinquante-six têtes de bétail qui constituaient leur cheptel. Après avoir cherché en vain le moyen de relancer l'exploitation, Mademoiselle Zûrcher eut brusquement la certitude, absolue mais irraisonnée, que ses terres recelaient une immense richesse sur la nature de laquelle elle était encore incapable de se prononcer.
Un hasard providentiel mit sur son chemin le sondeur spécialisé qu'était Joseph Vogt, lequel se laissa gagner par sa confiance et consentit à faire quelques fouilles. Les liens d'amitié qui unissaient Joseph Vogt à Amélie et Albert Zürcher ainsi qu'à Jean-Baptiste Grisez, et leur commune volonté de découvrir de nouvelles richesses dans le sous-sol alsacien, aboutirent à la création, le 21 mai 1904, d'une Société en participation pour la recherche de gisements de houille en Alsace qui fut transformée par la suite en Société "Bonne Espérance". Dans l'espoir de trouver du charbon sous la couche de grès, Vogt et Grisez s'étaient mis d'accord pour implanter la première tour de forage dans la forêt de Nonnenbruch, à environ 3500 mètres au Sud du clocher de Wittelsheim, à gauche du chemin de fer entre Cernay et Lutterbach (tout près de l'église de l'actuelle cité Amélie II). Le premier coup de sonde fut donné le 11 juin 1904. Les travaux durèrent 143 jours. Le 31 octobre, le sondage s'arrêta à 1119 mètres. Lorsque le trépan eut atteint 90 mètres de profondeur sans recueillir aucun indice de dépôt minéral, Vogt fit savoir qu'il renonçait. Amélie Zürcher le persuada si bien qu'il revint sur sa décision et descendit la sonde jusqu'à 358 mètres. Elle tomba sur une couche de chlorure de sodium, très pur, mais d'une valeur dérisoire et qui ne pourrait amortir les frais d'exploitation. Dépité, Joseph Vogt déclara qu'il allait démonter ses tours de forage. Mademoiselle Zürcher insista, supplia. Elle assura que la richesse était maintenant toute proche. L'entrepreneur fléchit et reprit les travaux. Ce n'est que lorsque le laboratoire de Strasbourg donna l'analyse d'un sel dont la couleur rose et rouge (de la sylvinite mêlée à du chlorure de sodium) avait attiré l'attention de M. Vogt, que les associés se rendirent compte que le tube carottier avait traversé d'abord à 627 mètres puis à 649 mètres de profondeur, des couches de potasse d'une excellente teneur.
Le succès était total. Mlle Zürcher, pour sa part, en ressentit une joie immense. Ni surprise, ni vaniteuse, elle dira plus tard: "l'essentiel, pour moi, c'est que la découverte soit faite et que la France en profite. Voilà ma véritable et ma plus belle récompense."


Joseph Vogt
Joseph Vogt
né le 10.10.1847 à Soultz
Amélie Zurcher
Amélie Zurcher
née le 27.08.1858 à Bolwiller



FONÇAGE DES PUITS
Encouragés par leur succès, bien qu'ils n'aient trouvé ni houille ni pétrole, les prospecteurs reconnurent la nécessité d'élargir le champ d'action de leur syndicat de forage pour poursuivre les recherches sur une base plus large et dans un domaine plus étendu. Le gisement de potasse fut délimité par plusieurs sondages: Wittelsheim II, arrêté à 712 mètres, Lutterbach I poussé jusqu'à 539 mètres et Cernay jusqu'à 700 mètres.
Quelle que fût l'importance de leur découverte, les associés ne tardèrent pas à se rendre compte du gouffre financier que représentait cette affaire. L'ensemble des travaux avait englouti plus de 400 000 marks.
Amélie Zürcher avait hypothéqué tous ses biens: les siens, ceux de son frère et de ses neveux. Joseph Vogt chercha d'abord des capitaux dans la région, puis auprès de banques parisiennes, mais sans résultat.
L'appel aux finances dans son pays n'ayant pas eu d'écho, force lui fut de se tourner vers les milieux bancaires allemands, davantage familiarisés avec l'industrie de la potasse. Les capitaux recueillis là-bas permirent de constituer, le 13 juin 1906, avec la collaboration des chercheurs de la première heure, la "société minière dite " Gewerkschaft Amélie ". Cette société effectua 120 sondages, à des profondeurs variant entre 250 et 1000 mètres, dans une région comprise entre les Vosges et le Rhin et allant, du Sud au Nord, de Heimsbrunn à Ostheim. Le 22 avril 1908, la société Amélie commença le fonçage du premier puits. Les travaux avancèrent assez rapidement et l'exploitation livra son premier sel au mois de février 1910.
Dès lors, la prépondérance allemande dans l'exploitation du bassin s'affirma et Joseph Vogt ainsi que ses associés furent amenés à quitter la Société Amélie qu'ils avaient créée quatre années plus tôt. En 1911 cette société cédait toute ses concessions à la "société des "" Deutsche Kaliwerke "", société par actions créée par un groupe d'exploitants des mines allemandes de potasse de Stassfurt et dont le siège était à Bernterode (Saxe). Une nouvelle fois, Joseph Vogt fit appel aux capitaux français pour poursuivre les sondages destinés à délimiter l'étendue du gisement dans sa totalité. Ses efforts furent couronnés de succès et c'est un honneur pour lui d'avoir su maintenir, grâce à sa ténacité et à sa clairvoyance, une partie importante du gisement potassique entre des mains françaises et alsaciennes. Le 6 juin 1910, avec l'appui et le concours de Louis Mercier, directeur général des Mines de Béthune, de Lucien Bailly, ancien ingénieur du corps des mines, et de plusieurs amis, dont MM. Baudry, industriel à Cernay, et Schlumberger, industriel à Mulhouse, il fonda la société par actions des Mines de Kali Sainte-Thérèse.


Puit Rodolphe II, mine de potasse d'Alsace
Puits Rodolphe II



Puits Rodolphe II
Cette société dont la direction fut confiée à son fils, M.Fernand Vogt, fit l'acquisition de concessions se situant sur les bans de Pulversheim, Feldkirch, Bollwiller et Ensisheim. En 1912, les cent six concessions que comprenait le bassin potassique d'Alsace étaient donc réparties à raison de vingt-huit à la Société des "mines de Kali Sainte Thérèse et de soixante-dix-huit à la Société des "Deutsche Kaliwerke". Cette dernière ne tarda pas à aliéner une partie des concessions contrôlées par elle, de sorte qu'au 2 août 1914, au moment de l'ouverture des hostilités entre la France et l'Allemagne, les capitaux engagés dans l'ensemble des mines de potasse se montaient à un total de 90 millions de francs: 45% de capitaux allemands, 25% de capitaux français et 28,5% de capitaux d'origine alsacienne, dont 8,5% représentaient la participation de "Land" d'Alsace-Lorraine. La situation des installations techniques (17 puits) réparties sur 20 300 hectares. Pour atteindre le gisement, dont la profondeur varie de 420 à 1100 mètres, les puits doivent traverser une couche de graviers alluvionnaires qui contient la nappe phréatique, une couche d'argile qui isole la nappe des terrains sous-jacents, et toute l'épaisseur de ces terrains tertiaires où des venues d'eau peuvent se manifester. Or à l'époque où fut décidé le fonçage du premier puits à la mine Amélie, il n'existait en Alsace aucun ouvrage auquel il fut possible de se rapporter en la matière et les sondages préalables ne donnaient qu'une idée très relative des conditions dans lesquelles se présenterait ce premier fonçage. Parmi les "méthodes utilisées dans le bassin pour creuser les puits (travaux durant de 2 à 3 ans) celles par " trousse "coupante " et par " palplanches " consistaient à enfoncer comme un emporte-pièce une enceinte fermée" circulaire, isolant le centre du puits des terrains environnants, jusqu'à sa pénétration dans les terrains imperméables.


MÉTHODE D'EXPLOITATION
C'est en 1910 que fut mis en exploitation le premier puits. La méthode d'exploitation était celle dite des "piliers tournés" ou des "piliers réservés". Elle consistait à tracer en couche inférieure des galeries" parallèles de 3 à 6 mètres de large, séparées par des stots (piliers) abandonnés de 5 à 7 mètres de large, et communiquant par des recoupes d'aérage tous les 10 à 25 mètres. L'abattage se faisait avec des perforatrices mécaniques actionnées par l'électricité, et à l'aide d'explosifs, mais aussi au pic, à la pioche et à la hache. La durée normale du poste était de huit heures et l'organisation du travail comprenait deux postes par vingt-quatre heures.
L'avancement moyen dans un traçage variait de 3 à 5 mètres par jour. Le chargement était fait directement par pelletage à la main dans des berlines (wagonnets) de 500 à 700 litres. Le roulage était réalisé manuellement ou à l'aide de chevaux. L'inconvénient majeur de cette méthode était l'abandon de 50 à 60% de la couche inférieure et la non-exploitation de la couche supérieure. Dés 1921 après remise en état des installations qui avait souffert de la guerre et à une époque où les Mines de potasse n'étaient ni plus ni moins "modernisées que les autres mines en France, fut introduite la méthode par remblayage dite "" Stossbau "", petits chantiers relativement dispersés. Le minerai était transporté en berlines depuis le chantier jusqu'à la recette du fond. Le tonnage abattu par journée de vingt-quatre heures et par mètre courant de longueur de taille n'était que de 600 kg environ en couche inférieure et de 800 kg en couche supérieure.


cheval tirant un train de wagonnets chargés de sel et de potasse
Galerie de déblocage du minerai à l'aide
d'un cheval tirant un train de wagonnets chargés de sel et de potasse.


Il est vrai qu'on avançait par passes de cinq mètres, à l'explosif, et on remblayait au fur et à mesure dans la passe précédente avec des schistes, des argiles et du sel gemme. Méthode onéreuse, vu les volumes très importants à remblayer (30 à 50% du volume exploité journellement), la plupart des remblais revenant de la fabrique en surface. Comme dans toute autre mine, le problème consistait évidemment à rechercher la méthode la plus rationnelle, comportant comme règles générales la concentration des chantiers, la mécanisation et l'introduction d'un rythme judicieux dans les opérations du travail au fond. Aux mines de potasse d'Alsace, le problème entraînait des complications du fait de l'accroissement exceptionnellement rapide de l'extraction. La question de l'augmentation du débit se posait donc d'une manière impérieuse et primait même celle de l'amélioration du rendement. En 1925, la solution fut trouvée dans le remplacement du "" Stossbau "" par la méthode des longues tailles chassantes, équipées de couloirs oscillants, actionnés par des blocs moteurs, avec remblai partiel ou complet provenant des résidus des fabriques et des stériles du fond. La concentration des chantiers fit passer, entre 1925 et 1930, le nombre des tailles de 225 à 66. L'extraction journalière passa de 4755 à 7060 tonnes, la production par taille monta de 21 à 112 tonnes.
Après la crise économique mondiale, qui avait entraîné un profond ralentissement de la production, l'activité des Mines reprit puis se développa jusqu'à la veille de la guerre. Tandis que les haveuses se généralisaient (11 en 1931, 99 en 1939), le remblayage était progressivement remplacé par le foudroyage du toit (éboulement provoqué), ce qui, avec les techniques de l'époque, accroissait nettement le rendement et la sécurité.
Les résultats obtenus au cours de la décennie 1930-1939 rendent compte de cette laborieuse transformation:

Nombres de tailles :
1930
1939
66
30
Production par taille/jour :
1930
1939
112 tonnes
310 tonnes
Rendement par ouvrier fond/jour :
1930
1939
2.18 tonnes
4.56 tonnes
Production journalière brute :
1930
1939
5934 tonnes
9312 tonnes



En 1939, les 4760 ouvriers du fond ont extrait 3 386 332 tonnes de sel brut. Si l'ensemble des installations des mines ne subit, du fait des hostilités, que très peu de dégâts importants pendant la période de guerre (1939-1940), puis pendant l'occupation allemande (1940-1944), les combats de la Libération provoquent des destructions considérables aux installations d'exploitation, aux bâtiments industriels, aux maisons d'habitation, infirmeries, écoles, églises, salles de fêtes, cantines, etc.…dans les cités. Ayant rétabli à la fin de 1946 leur capacité d'avant-guerre, les Mines préparent un plan décennal de modernisation dont la réalisation devait permettre, par la concentration des sièges de production et par une profonde modification des méthodes d'exploitation, d'augmenter sensiblement leur production. Toutes basées sur le foudroyage du toit, les méthodes suivantes seront employées à partir de cette époque:
- chargement en taille chassante, avec chargement par raclage puissant dans les secteurs du gisement où toute l'épaisseur de la couche peut être prise en une seule tranche, ou bien lorsque le pendage est irrégulier "ou élevé;"
- méthode des chambres et piliers, avec chargement par duck-bill (engin en forme de bec de canard) débitant sur voie de base équipée d'une bande de transport ou chaîne à raclettes;
- méthode par chambres et piliers avec matériel JOY (chargeuse sur chenilles, haveuse, camion-navette,
perforatrice sur pneus); cette méthode est caractérisée par l'emploi d'un matériel extrêmement moderne et n'entraîne plus que l'abandon d'une part insignifiante du gisement;
- méthode par havage intégral, qui consiste à broyer directement toute la hauteur de la couche sur une profondeur de 0,90 mètre au moyen d'une machine spéciale pesant plusieurs dizaines de tonnes, la haveuse intégrale, qui se déplace le long du front de taille en abattant le minerai et en l'évacuant sur un convoyeur à raclettes lequel mène ce minerai jusqu'au convoyeur à bande qui l'achemine à travers les galeries vers le skip (ascenseur) de remontée. Le toit du chantier d'exploitation est, soutenu par une série de piles à vérins "hydrauliques constituant le "" soutènement marchant "": au fur et à mesure de l'avancement de l'exploitation, le soutènement se déplace latéralement, laissant les couches de schistes et de sel s'effondrer derrière lui; Cinquante ans après la découverte de la potasse, donc en 1954, l'extraction annuelle était de 7 228 000 tonnes de sel brut. Depuis 1961, l'extraction annuelle dépasse dix millions de tonnes.


SOUTÈNEMENT
A partir de 1924, le soutènement était assuré par des piles en bois équarri placées en quinconce et par des buttes en bois qui n'étaient autres que des troncs d'arbres écorcés sciés à la hauteur de l'ouverture de la taille et calés au toit par des coins en bois. Vers 1936 apparurent les étançons à serrage mécanique, qui remplacèrent progressivement les buttes en bois. L'invention de l'effondreur, sorte de cale métallique interposée dans les piles et qui permettait de libérer les bois de la pression du toit. Vers 1950, enfin, un pas décisif était fait vers une technique plus évoluée par la mise au point d'étançons hydrauliques. Ceux ci sont composés d'un piston qui coulisse dans un cylindre faisant office de réservoir d'huile qu'une pompe peu mettre sous pression par l'intermédiaire d'un levier. C'était l'ancêtre du soutènement hydraulique moderne qui allait révolutionner la technique d'exploitation de la potasse, ouvrir la voie au développement du havage intégral.


Machine de havage aux mines de Potasse d'Alsace
Soutènement marchant dans une taille
de havage intégral


Toutes basées sur la sécurité, les méthodes de soutènement suivantes sont employées aux mines:
- le boisage anglé est mis en place dans une voie fortement endommagée, souvent déjà rauchée, et dans laquelle on veut renforcer des chapeaux qui fléchissent.
- le cintrage: la traversée de certaines zones nécessite un cadrage, c'est-à-dire la pose de cintres métalliques pour tenir les terrains. Généralement utilisé uniquement dans les travers bancs en schiste.
- le boulon d'ancrage: le percement des trous se fait à l'aide d'une foreuse électrique au diamètre indiqué. La tige munie du dispositif d'ancrage, est poussée dans le trou. Les coins mobiles, sous l'effet de la poussée sont chassés vers l'arrière, bloquant ainsi le système. Utilisé pour consolider une paroi.


PARC MACHINES
HAVEUSE JOY 10 RU
Cette machine montée sur pneus se caractérise essentiellement par le fait que son bras orientable, permet de faire des saignées dans tous les sens. Longue de 9 mètres, haute de 90 centimètres, la machine est montée sur un châssis porteur avec 4 roues à pneus dont les deux roues arrières sont directrices et les deux avants motrices. Elle se compose d'un ensemble mobile de havage formé d'une flèche qui comprend le boom et le bras qui supporte la chaîne.


Haveuse JOY 10 RU
Haveuse JOY 10 RU


LE MINEUR MARIETTA
Le mineur Marietta est une machine à tracer les galeries comme les mineurs continus Joy, d'un type voisin de la conception du Borer Goodman. La vitesse minimum de havage, prévue est de 7 mètres à l'heure. La machine permet aussi le havage de galeries de section trapézoïdale. La dimension des galeries ouvertes par les machines est de 3,15 mètres de large pour une hauteur qu'on peut faire varier de 1,83 à 2,28 mètres.

LE JEFFREY
Colosse sur chenilles ne pesant pas moins de 70 tonnes… le monstre mesure 10 mètres de long. A l'avant, une tête de havage avec un tambour muni de 170 pics pour attaquer de front le massif et, sous le tambour, une table de chargement où tombe le produit abattu que des pinces repoussent sur une raclette au centre de la table. Au milieu, l'ensemble moteurs, réducteurs et pompes, d'une puissance totale de 400 kW. A l'arrière, pour le déversement de la raclette du Jeffrey, une queue de convoyeur orientable qui facilite le chargement du produit sur des camions de type shuttle-cars.

LA HAVEUSE INTÉGRALE
Énorme fraiseuse dont les tambours, munis de pics en acier au carbure de tungstène, entament le banc de minerai, la haveuse intégrale (H.I.) attaque le banc de sylvinite en progressant dans un couloir de 250 mètres "de long environ, "" la taille "". Parcourant 50 à 90 mètres à l'heure, la machine abat le minerai sans explosif sur près de 1 mètre de largeur et sur toute la hauteur de la couche: la H.I. à trois tambours peut "" haver "" des couches jusqu'à 3,20 mètres de puissance.

LE BORER GOODMAN
Fabriquée aux États-Unis, cette énorme machine est arrivée aux MDPA en août 1965 à la division Bollwiller. Cette impressionnante machine mesure 8,50 m de long et pèse 52 tonnes. Elle est alimentée par une station électrique mobile et développe une puissance de 500 chevaux. Cette machine attaque la totalité de la section de la galerie. Elle comprend trois parties: un ensemble d'abattage du minerai, un ensemble de traction et un "ensemble d'évacuation du minerai. L'ensemble ""abattage"" se compose de deux grands rotors munis chacun de trois bras équipés de couteaux et d'éclateurs. Chaque bras est hérissé de 13 couteaux et d'un éclateur. Une chaîne de havage rectifie la section de la galerie. Au total ce sont 400 couteaux qui attaquent le massif.

LA RABOTEUSE POUR PISTES DU FOND
Il y a au fond de la mine Amélie environ 85 km de galeries ouvertes à la circulation, soit environ 35 km de "" Nationales "" et 50 km de voies secondaires. Or, en raison des pressions importantes régnant dans cet univers souterrain, les pistes se détériorent rapidement. Ainsi, les techniciens inventèrent une machine dite à "" rabassenage "" ou à "" surfaçage "". Il s'agit surtout de raboter les bosses, de gratter et d'aplanir le mur (traduisez sol) qui gonfle de façon permanente. Une tête de rabassenage montée sur une haveuse universelle 15RU, rectifie les bosses ou autres aspérités comprises entre plus ou moins 30 cm, à la cadence d'environ 200 mètres par poste.

LA PERFORATRICE UNIVERSELLE JOY CD 25
La perforatrice JOY CD25 est un jumbo dont l'arbre porte-fleuret peut être orienté en tout sens. Elle est montée sur roues, alimentée par un câble électrique souple et comprend essentiellement: le châssis porteur, un ensemble mobile de foration formé d'une tourelle, d'une flèche appelée boom, d'un support pivotant et de la perforatrice proprement dite avec son arbre porte-fleuret. Une foration mécanique, rapide et précise, est à la base de l'abatage économique de minerais bien fragmentés et facilite un brochage systématique du toit. En 1956 aux MDPA, on arrive pratiquement à forer par poste (5 H 30 de présence au chantier) 120 trous de 3 mètres, ce qui correspond à un abatage de 350 tonnes de sylvinite.

LE MINEUR CONTINU PAURAT E195
La machine paurat permet de réaliser un découpage de sections non exclusivement rectangulaires. Son programme de travail, en grande partie réservé au traçage de voie de niveau en gisement penté, implique le découpage de sections trapézoïdales. L'ensemble est monté sur un robuste châssis à deux chenilles indépendantes. L'arrière est muni d'un solide pare-chocs capable de supporter l'appui d'un camion, même chargé, dans les pentes importantes. Dimensions hors tout : Longueur : 11,74 m. - Largeur : 2,80 m. - Hauteur : 1,79 m. Masse totale en ordre de marche : 43 tonnes.


 

Mineur Continu PAURAT E195
Mineur Continu PAURAT E195


INSTALLATIONS DU JOUR
La partie visible des Mines de potasse (chevalements, machines d'extraction qui assurent la descente et la remontée des skips, moulins où la sylvinite est concassée, broyée, tamisée, fabriques où le minerai subit un traitement physico-chimique, ateliers mécaniques, électriques, vestiaires, lampisteries,etc.) a pris elle aussi de l'envergure à mesure que l'exploitation au fond s'est développée et que le travail manuel a fait place à une mécanisation de plus en plus poussée. Les installations du jour ont été agrandies, concentrées et modernisées pour permettre d'accroître le rendement et d'abaisser les coûts de fonctionnement. Sur le carreau, la mécanisation des manutentions, facteur d'accroissement de la productivité, a fait l'objet d'études spéciales qui ont conduit à l'adoption de matériels adaptés aux besoins des Mines. Dans les ateliers, une concentration très importantes est intervenue. A partir du moment où la cavalerie de fond a été remplacée par des moyens de transport électriques ou mécaniques et où l'utilisation de machines s'est développée, la nécessité d'entretenir un matériel de plus en plus complexe a entraîné la multiplication des ateliers et abouti en 1954 à la création des ateliers centraux. Les fabriques de chlorure, quand à elles, ont également augmenté considérablement leur production: 37 567 tonnes de chlorure en 1918 contre 388 331 tonnes en 1930. En 1978, 11 666 549 tonnes effectives de minerai ont été extraites soit une extraction journalière de 47 352 tonnes ce qui représente pour le fond un rendement homme/poste de 21,768 tonnes.


LA SÉCURITÉ
Avec une régularité terrifiante, la mine a broyé durant un siècle des centaines de vies. Le mineur, davantage que tout autre travailleur, fut victime des forces obscures de cette nature si peu encline à se laisser dépouiller. Dans ce monde terrible et sombre, le sentiment qui prédomine est l'angoisse. Le risque d'effondrement ou la menace d'une explosion ne se font jamais totalement oublier. Même quand elle n'est pas exprimée, la peur est toujours là. De 1919 à nos jours, près de 650 vies furent ainsi abrégées, plongeant à chaque fois toute la communauté dans une consternation d'autant plus vive que chacun savait qu'il faudrait bien malgré tout continuer. Redescendre le lendemain.


LE RÔLE SOCIAL
Les Mines de potasse d'Alsace ont toujours attaché la plus grande importance à leur rôle social à l'égard du personnel de l'entreprise. Elles ont ainsi créé dans le bassin potassique les infrastructures nécessaires au développement de la vie collective, en même temps qu'elles offraient à l'ensemble de la population minière, en plus de la couverture sociale, des possibilités d'épanouissement dans les domaines essentiels que sont la santé, la culture, les activités physiques et de loisirs.
Dédaignant l'aspect coron, guidées par le souci d'assurer à chaque famille un logement agréable , les mines firent construire des maisons suffisamment espacées, entourées d'un terrain de 5 à 6 ares planté d'arbres fruitiers et où le mineur se plait à cultiver son jardin. L'aménagement des cités se complétait par de nombreux équipements collectifs: coopératives alimentaires, cantines pour le personnel, écoles, salles des fêtes, stades, "églises etc.. Ce patrimoine immobilier qui comporte également les "" voies et réseaux divers "", c'est-à-dire des installations communes comme l'éclairage public, les canalisations, les rues, les trottoirs etc...a une pérennité qui est sans commune mesure avec celle de l'exploitation minière.


BIBLIOGRAPHIE
- Bulletin de la société industrielle de Mulhouse ": Des hommes, des techniques, des entreprises ":
- Les Mines de potasse ": Au fil du temps ": de Gérard GRUNENWALD , éditeur Jérôme DO BENTZINGER"
- Gazette des mines et potasse magazine - Photos MDPA.

LES  MINES  DE  POTASSE  D'ALSACE AU  FIL  DU  TEMPS

Livre de Gérard Grunenwald
présenté par l'Association des Amis de la Terre.

LES MINES DE POTASSE D'ALSACE AU FIL DU TEMPS
isbn 2 84629 000 0
format 20 x 28,7 cm - broché - 88 pages en noir et blanc et en couleur
au prix de 20 euros.



Travail de recherche et mise en page :
Gérard GRUNENWALD, pour l'Association "Les amis des Sciences de la Terre"

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